Avec la mort récente d’Ozzy Osbourne, une réalité s’impose à nous avec le fracas d’un riff de guitare métalliquement trop lourd pour les hanches déjà très fragiles de nos idoles : le heavy metal vieillit beaucoup, et ses géants approchent doucement, mais sûrement, de l’âge de la maison de retraite. Les Dieux du metal, jadis immortels, se retrouvent aujourd’hui à comparer leurs pilules matinales plutôt que leurs solos de guitare, leurs performances lors d’un festival quelconque ou la sortie d’un coffret de vinyles qui dresse une rétrospective de leur carrière.
Ce constat, à la fois tragique et incontournable, nous oblige à réfléchir. Car si Judas Priest et Iron Maiden se feront de plus en plus rares sur scène, qui viendra remplir les stades, les festivals et les arénas avec la même intensité? Oui, de « nouveaux » groupes comme Amon Amarth, Ghost, Gojira émergent comme têtes d’affiche, mais peut-on vraiment remplacer Ozzy par un p’tit jeunot qui apporte encore son lavage chez sa mère, le dimanche en fin de journée?
Et pourtant, il faut reconnaître et s’avouer une chose : ces groupes classiques refusent obstinément de tricher. Pas de pistes préenregistrées, pas de chant robotisé à l’autotune ou de batterie programmée.
Sauf pour Mötley Crüe…
Chaque concert est joué dans la sueur extrême et l’authenticité, même si les genoux craquent comme des biscuits soda. Après tout, chaque musicien doit bien se dire : « Si Keith Richards est encore capable de le faire, pourquoi pas nous autres? Hein? Let’s go guys, Run to the Hills!»
On imagine déjà les prochaines tournées sous le signe de la marchette en aluminium ou de la chaise roulante. Va-t-on voir « The Final Pacemaker Tour », avec des sièges adaptés aux besoins des fans aussi vieillissants que leurs idoles, où l’on servirait des bouteilles d’Ensure au lieu de la Coors Light? Les futurs festivals de metal ressembleront peut-être davantage à des pique-niques intergénérationnels avec de flamboyantes nappes à carreaux plutôt qu’à des batailles totalement épiques de mosh pit et de walls of death gigantesques.
Ironie du sort, maintenant. Les murs de la maison de retraite vibreront davantage au son de Wasted Years d’Iron Maiden que ceux des arénas qui eux, vibreront plutôt au rythme de la nouvelle saveur du mois néo country. Ça fait peur…
Soyons honnêtes! Les formations de metal classique n’ont plus besoin de sortir de nouveaux albums. Personne n’en veut et ne le désire! Nous ne voulons que les classiques, joués avec le plus de précision possible! On ne leur demande pas de réinventer la roue, mais simplement de continuer à brasser leur immense catalogue, avec ces tournées anniversaires où l’on célèbre un disque culte comme on fête un vieux chummy pour sa retraite à shop.
Toutefois, ce que nous ne voulons pas, c’est de les voir finir leur tour de scène avec une tournée qui serait commanditée par les couches Depends. Non merci! Que nos idoles métallifères se gardent en forme, qu’ils continuent de rocker avec une certaine dignité et un vil acharnement!
Parce que nous, les fans, on s’occupe du reste : on tiendra le mosh pit vivant malgré le souffle plus court, les horns bien levés ( avec un brin de fatigue, aux alentours de 21h30) vers le plafond de l’aréna, les verres de bières bien remplis… même si nos propres genoux commencent à grincer itou!
Derrière le sourire de chacun des fans, il reste que l’inquiétude demeure. Qui portera le flambeau quand ces monuments métalliques s’éteindront? Le metal est plus qu’une musique, c’est une culture, un mode de vie, une identité forgée dans le bruit et l’intensité, la sueur et l’esprit de l’anticonformisme.
Alors, profitons (didelidon!) des dernières notes jouées par nos légendes encore debout, allons les voir en concert (malgré l’incontinence de certains) car on ne sait jamais si ce sera leur dernier passage en ville. Applaudissons leur courage face à l’arthrite et préparons-nous à transmettre cet héritage aux plus jeunes.
Parce qu’un jour, nous devrons bien l’admettre : nos héros légendaires du metal auront eux-aussi besoin de vivre leurs beaux et derniers jours… aux Résidences Soleil!
*Vos have ut habere bonum risu semel in a dum