Semaine intense pour plusieurs. Retour au travail, c’est maintenant chose faite. Le vouvoiement dans les écoles semble se passer à merveille quoique nous, à mon école, c’est ainsi depuis… toujours! C’est ainsi et j’ai toujours apprécié ce fait, cette marque de politesse qui instaure immédiatement une hiérarchie, dans un sens. Encore aujourd’hui, quand je rencontre d’anciens élèves dans la trentaine, ils me disent encore « monsieur » et « Vous allez bien, monsieur Yanick? » Ceci a été établi tôt et je sens que ça porte encore ses fruits, vous voyez? Cette politesse, cette accalmie et toute cette douceur. Nous en avons grandement besoin, il me semble car les actualités ne pas vraiment « simplistes » en ce début de l’année, n’est-il pas?
Peu importe de quel côté tu te trouves dans ton idéologie politique, il n’est pas normal qu’une femme reçoive trois balles au visage de la part d’un agent de l’immigration. La brutalité, nous la préférons dans les films, les séries et dans notre metal. De voir que certaines personnes banalisent le tout nous confirme que le point de non-retour semble être atteint, traversé et accepté. Comme je l’inscris plus haut, il n’est pas de la normalité qu’une citoyenne soit ainsi abattue.
Vise les pneus, rendu là…
J’en jase dans mes textes depuis quelques mois, justement, à quel point la musique nous aide à passer au travers de tout ce qui se passe, ici comme ailleurs. Ce sentiment d’impuissance face à tout ce qui arrive peut-être d’une lourdeur incommensurable. C’est anxiogène pour de nombreux badauds et ce n’est pas uniquement en ne regardant pas tes réseaux sociaux que le tout se règle.
Non. Parfois, du moins dans mon cas, le metal vient me sortir la tête de l’eau et si le deathcore est ton dada musical, il y a une formation bien de chez nous qui mérite que tu t’étires l’oreille et ce, amplement!
Avec ce mini-album, du nom de Rituals of a Dying Light, Deadwood confirme qu’il ne s’agit plus d’un simple nom qui circule dans l’underground montréalais, mais bien d’une formation en phase d’installation durable sur la scène deathcore. Signé chez Innerstrength Records, le groupe propose un enregistrement féroce, compact et sans détour, où chaque élément semble pensé pour écraser l’auditeur avec une méthode réfléchie plutôt qu’avec une brutalité aveugle.
D’entrée de jeu, le son est massif. Les guitares multi-cordes ne servent pas ici d’ornement technique ou de gadget moderne : elles sont exploitées jusqu’à leurs abysses, accordées pour faire vibrer le plancher et rappeler que le deathcore, lorsqu’il est bien exécuté, demeure une musique de poids et de pression. Les nombreux sweeps, marque de commerce assumée du guitariste Stéphane Fillion, ne tombent jamais dans la démonstration gratuite. Ils participent plutôt à une dynamique constante entre précision chirurgicale et chaos contrôlé.
À la voix, Martin Demontigny livre une performance particulièrement efficace. Son growl, épais et grassouillet au sens noble du terme, bénéficie de variations intelligentes qui évitent la monotonie. Surtout, son phrasé demeure étonnamment lisible, ce qui n’est jamais acquis dans un registre aussi extrême. On sent un travail de placement et de respiration qui renforce l’impact des textes plutôt que de les noyer sous la saturation.

La section rythmique agit comme une colonne vertébrale implacable. Charles-Étienne Lafrance, aux percussions, joue avec une rigueur quasi clinique : mitrailles précises, transitions nettes, aucune frappe inutile. Tout est exécuté avec une discipline qui rappelle qu’en musique extrême, la sauvagerie est toujours plus efficace lorsqu’elle est structurée.
Sur le plan des compositions, le mini-album se distingue par une réelle variété d’intentions. Tales of Massacre installe le climat général : violent, dense, sans compromis. Heretic, possédée dans sa livraison, fricotte avec une forme de transe malsaine, portée par une attaque vocale particulièrement habitée. Thirst for Blood combine vitesse et agression avec une efficacité redoutable, incarnant le versant le plus frontal de ce mini-album.
À l’opposé, Whispers of Death se veut plus retenue, presque suffocante, jouant davantage sur la tension que sur l’explosion immédiate. Enfin, l’instrumentale Echoes of the Fallen conclut l’enregistrement dans un chaos apparent, mais toujours soutenu par la précision redoutable du tandem de guitaristes Fred Element et Stéphane Fillion, démontrant que la maîtrise de la technicité demeure le véritable moteur du groupe.
Difficile de ne pas sourire devant la rigueur de ce mini-album en ce début d’année où l’on célèbre une médaille de bronze pour Équipe Canada Junior au hockey… pendant que les Canadiens de Montréal, dans un rare élan collectif, nous donnent presque envie d’oublier la troisième place sur le podium et de regarder vers le haut car, ça sent la coupe!
Cette envolée inattendue permet au moins de mettre le bronze de côté, tout comme elle aide à détourner l’attention de ce qui se trame un peu trop au sud de nos frontières : le fantasme expansionniste d’un certain bonhomme orangé, obsédé par les kilomètres carrés et les richesses naturelles.
La question se pose alors, avec un sourire carnassier : le deathcore de Deadwood n’est-il pas, lui aussi, une richesse à protéger ? Une ressource locale, lourde, bruyante et ardente mais profondément enracinée dans le sol montréalais. Pas juste un p’tit bois d’allumage, mettons!
Au final, ce mini-album impose Deadwood comme une formation sérieuse, disciplinée et dangereusement efficace. Un enregistrement qui cogne fort, réfléchit juste assez et rappelle que, parfois, la meilleure façon de survivre au chaos ambiant est de l’amplifier… avec précision.
Disponible le 9 janvier sur Innerstrength Records.