Le mois de janvier est généralement très tranquille en ce qui concerne les sorties d’albums métalliques. Les labels doivent se dire que l’amateur moyen aura probablement des factures de cartes de crédit à payer et que, pour ce qui est de l’année 2026, ils ont compris que les fanatiques de musique attendent de pied ferme la sortie de Hitster Version Rock, avec le dernier 45$ qu’ils ont pu économiser dans le temps des Fêtes. Mais Nuclear Blast Records et la formation teutonne qu’est Kreator ne voient pas les choses de la même manière et proposent ce qui est la première sortie majeure de l’année 2026, côte à côte avec l’album final de Megadeth.
Avec ce nouvel album qu’est Krushers of the World, Kreator ne se contente pas d’ajouter une ligne de plus à une discographie déjà monumentale. Effectivement, le groupe allemand (ou devrais-je plutôt dire « européen » étant donné que sa formation au niveau des membres de la kréature dépasse depuis longtemps celui de la Ruhr) est en feu sur cette production. Ceci se veut un signe! Un signe ardent! Un album qui confirme, sans trembler des minouches, sa pertinence artistique en 2026. Mieux encore, il est tout à fait défendable d’affirmer qu’il s’agit de leur meilleur effort depuis les années 2000! Oui, rien de moins les coquins! Et non, ce n’est pas de l’enthousiasme mal placé de ma part ou du fefanisme!
Si les premiers extraits de cette nouvelle galette vous ont mis l’eau à la bouche, l’album complet vous servira un festin. Kreator y enchaîne les moments accrocheurs, sans jamais diluer sa rage initiale ni sacrifier sa crédibilité métallique. La production est massive, lisible, et surtout la basse est enfin mise de l’avant, grondante, bien ancrée dans le mix, donnant aux compositions une assurance presque belliqueuse.
Musicalement, les ponts métalloïdes sont tous puissants, pensés pour faire lever le poing plutôt que pour meubler le chronomètre. Seven Serpents ouvre le bal avec un caractère impétueux, pratiquement hystérique, tandis que Satanic Anarchy impose un poids écrasant, avançant comme un char d’assaut sur un terrain déjà ravagé. Krushers of the World mérite une mention spéciale : ses guitares poisseuses et son riff dégoulinant de gras évoquent immanquablement Only for the Weak d’In Flames. C’est la même efficacité opaque, même livraison viscérale, mais avec le couteau Kreator entre les dents.

Moment plus cinématographique avec Tränenpalast, hommage assumé au cinéma de Dario Argento, où la présence vocale de Britta Görtz d’Hiraes agit comme une cantatrice morbide surgie d’un giallo (j’ai appris ce terme en faisant la critique du dernier album de Fulci!) sanglant. L’effet est saisissant et la rencontre des deux voix se veut d’une efficacité redoutable. Barbarian, de son côté, joue la carte du Kreator classique : galop thrash, refrain qui te rentre dans la caboche et n’en ressort plus du tout. Blood of Our Blood conserve cette touche presque antique, comme un écho farouche aux racines du groupe, tandis que Combatants explose tout sur son passage avec sa cadence irréprochable, sa rage pure, au point où même Amon Amarth aurait probablement aimé pouvoir revendiquer ce morceau.
De mon côté, le sommet émotionnel arrive avec Psychotic Imperator, sans conteste l’un des grands moments de l’album. On y retrouve un refrain fait pour être hurlé, poing levé, gorge ouverte, peu importe l’état de vos cordes vocales. Death Scream surprend agréablement avec une voix d’accompagnement plus gutturale, ajoutant une couche de sauvagerie supplémentaire. Enfin, Loyal to the Grave clôt avec une saveur Maidenesque, harmonies de guitares aériennes et refrain presque céleste, comme si Iron Maiden avait été élevé à la discipline thrash allemande.
Au final, Kreator demeure une force brute, intacte, crédible et encore très dangereuse. Mille Petrozza prouve une fois de plus qu’il est un fichu compositeur de thrash metal, un maître du riff, et un artiste profondément politisé qui n’a jamais confondu colère et posture. Cet album n’est pas seulement solide, il est nécessaire, et rappelle à beaucoup de groupes (et ses fans) pourquoi Kreator est encore là… et surtout pourquoi il mène toujours la charge avec autant de pugnacité!
Dans mon livre à moi, leur meilleur depuis Coma of Souls! Rien de moins!
Disponible le 16 janvier sur Nuclear Blast Records.
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