Au Québec, l’hiver a récemment décidé de nous rappeler c’est qui le patron. C’est qui le boss! Des températures sibériennes, des vents capables de traverser les gants, (même ceux « certifiés pour le froid Arctique » ont été testés solidement) et des doigts gelés au point où même changer de chanson sur ton cellulaire devient un acte de bravoure. Dans ce décor de neige, de glace et de souffle coupé, The Great Darkening de Lucerna Mundi arrive comme un sort inversé : un album étonnamment chaleureux et incandescent, capable de faire fondre le givre à coups de chœurs célestes, du venin black métallique et de déferlantes symphoniques. Le contraste est total, et franchement, très bienvenu.

Derrière Lucerna Mundi se cache un seul homme : Anthony Ba’al Abdo. Originaire du Liban, il a décidé de venir se geler le bout du nez ici plutôt que de demeurer dans l’ombre chaleureux des oliviers. Un projet solo, oui certainement, mais qui sonne comme une armée entière. The Great Darkening propose un black metal grandiose et symphonique, riche, structuré, jamais étouffant, et surtout porté par une vision claire.

Ici, pas de remplissage ni d’effet de fioriture en extra : chaque arrangement sert le propos, chaque montée a un sens.

L’album s’ouvre sur 1992, une introduction marquée par un monologue solennel, soutenu par des voix célestes. Le ton est immédiatement donné car on entre dans un univers sérieux, dramatique, presque liturgique. C’est une porte qui s’ouvre lentement sur l’album, comme si on quittait le blizzard extérieur pour pénétrer dans une cathédrale (ou pyramide, si je me fie à la couverture)… en guerre!

Blackest Darkness porte parfaitement son nom. Les ténèbres musicales sont épaisses, enveloppantes, et devraient plaire aux amateurs de Septicflesh et Dimmu Borgir, avec toutefois une voix principale plus acidulée, plus mordante. Une voix plus grasse et plus sombre vient appuyer certains passages, renforçant la profondeur dramatique, tandis que les arrangements classiques amplifient l’atmosphère sans jamais la surcharger.

Avec For the Trumpet Shall Fall, Lucerna Mundi (qui veut dire « Lumière du Monde ») joue sur le contraste. L’entrée en matière est presque céleste, lumineuse, avant de basculer dans une pétarade noircie et belliqueuse. Le morceau se replie ensuite vers un pont plus contemplatif, qui se fond naturellement avec Hymn of the 144 000. Ici, l’esprit guerrier est omniprésent : on traverse les différentes phases de la bataille, de l’élan héroïque à la tension, jusqu’à la lourdeur du combat prolongé. C’est cinématographique, évocateur, très maîtrisé et on sent que la recherche face au concept nous ramène aux grands textes bibliques.  

Sic Mundus Obtenebratus Est mitraille d’entrée de jeu, sans détour, avant de s’offrir une accalmie poignante portée par un piano et des cordes tranchantes. Les instruments « metal » reviennent ensuite avec autorité, accompagnés de voix opératiques qui accentuent la dimension dramatique et quasi apocalyptique du morceau car c’est ainsi que le monde fut plongé dans les ténèbres…

Ensuite, Revelation 21 débute dans le calme, dominé par le piano, mais bombe progressivement le torse. La pièce devient plus envenimée, plus affirmée, comme une prophétie qui prend forme et refuse de rester silencieuse. L’album se referme avec Lacrimosa, une finale aux élans puissants qui s’atténuent peu à peu, laissant l’auditeur retomber dans la noirceur, non pas brutalement, mais avec une gravité presque solennelle. Une fin logique, cohérente, et émotionnellement chargée.

En gros, The Great Darkening est un album riche, rempli de subtilités, mais jamais en mode surdose. La variété est bien balancée, l’équilibre entre le metal et le symphonique est constant, et l’ensemble peut même séduire les amateurs de trames sonores ayant l’esprit ouvert face au metal. L’album appelle naturellement à l’imaginaire : batailles épiques, paysages grandioses et chaleureux (quoiqu’on se les gèle ici), armées avançant dans la neige… ou le sable! Un visuel très guerrier, avec une touche des vieux films bibliques, se crée devant nos yeux!

En plein hiver québécois, alors que la température glaciale nous mord la peau avec ses dents acérées et que la neige s’accumule sans pitié devant nos portes de garage, Lucerna Mundi propose paradoxalement un album ardent, combatif et vivant. The Great Darkening ne réchauffe peut-être pas les doigts… mais il enflamme clairement l’esprit!

Disponible sur InViMa Records.

www.facebook.com/lucernamundi