La parution d’Infinite Illumination, l’ultime offrande métallique de Spirit Adrift, n’est pas qu’une simple sortie d’album : elle agit comme une fermeture de chapitre, presque solennelle, pour un projet qui aura su évoluer avec constance sans jamais trahir son essence primaire. Derrière cette entité de heavy metal se trouve avant tout Nate Garrett, artisan principal d’un univers où le doom et le heavy metal cohabitent dans une accessibilité rarement atteinte dans ces sphères métalloïdes. Album après album, le projet gagnait en maturité et en portée, séduisant autant les néophytes à la recherche des ténèbres du hard rock que les puristes qui carburent au doom depuis des décennies.

L’arrivée surprise de cette production, disponible immédiatement en format numérique alors que sa version physique sera lancée en mai via 20 Buck Spin plutôt que chez Century Media, ajoute une dimension presque intime, secrète même, à cette sortie. Comme Neurosis, il y a quelques semaines. Comme si Garrett souhaitait court-circuiter le cycle promotionnel traditionnel pour livrer une œuvre brute, sans artifice.

La question demeure : un album « d’adieu » doit-il nécessairement être exceptionnel? Ici, la réponse est nuancée. Garrett ne cherche pas à révolutionner, mais plutôt à consolider ce qu’il a établi en 10 ans. À l’instar des incertitudes qui entourent d’autres figures du metal, pensons à At the Gates depuis la disparition de Tomas Lindberg, l’avenir est flou… mais rarement vide!

Musicalement, Infinite Illumination ne joue pas la carte du virage inattendu. Il propose plutôt une synthèse maîtrisée de tout ce que Spirit Adrift a construit au travers du catalogue : des élans heavy qui se veulent francs, des passages doom pesants et cette mélancolie lumineuse qui agit comme signature sonore. La pièce-titre ouvre l’album sur une guitare sèche, presque fragile, avant de plonger dans une lourdeur émotionnelle marquée. Le ton est donné, ce sera l’introspection avant explosion.

Window Within élargit l’espace sonore avec une approche plus aérée, sans jamais abandonner cette densité émotionnelle. Le travail de guitare y est particulièrement raffiné. You Will Never Hold the Key pousse encore plus loin l’introspection, oscillant entre résignation et sursaut d’énergie, notamment dans un premier tiers étonnamment vigoureux!

C’est avec Born in a Bad Way que l’album frappe réellement fort. C’est un hymne direct, énergique, presque fédérateur. Le genre de pièce qui appelle instinctivement le poing levé, la bière dans l’autre. À l’opposé, Buried in the Shadow of the Cross replonge dans un doom contemplatif, lourd de sens et de douleur. Avec quelques écoutes, je me rends compte que cette dualité est au cœur de cet album final!

White Death se distingue par son aspect quasi cosmique, évoquant par moments Cathedral dans sa construction, mais avec une approche vocale étonnamment lumineuse. La participation de Steve Jannson de Crypt Sermon y ajoute une texture supplémentaire qui se veut, la bienvenue. De son côté, I Am Sustained s’alourdit volontairement, devenant presque poisseuse, avant d’être ponctuée d’éclats plus incisifs, notamment grâce à un solo signé James Murphy, figure emblématique du death metal, reconnu pour son travail avec Death et Obituary.

La conclusion qu’est Where Once There Was an Ocean agit comme une lente descente vers l’acceptation. Lourde, presque funèbre dans ses premières lignes, elle évolue vers une forme de libération dans son dernier tiers. Une fermeture de rideau qui n’est pas entièrement sombre, mais teintée d’un espoir discret.

Au final, Infinite Illumination ne cherche pas à être un chant du cygne tristounet. Il agit plutôt comme une œuvre de consolidation, un point final cohérent dans une discographie sans faux pas majeur. Si Nate Garrett met ici Spirit Adrift en pause, ou en dormance éternelle, rien n’indique un épuisement créatif. Au contraire, cet album laisse entrevoir qu’il reste encore beaucoup de jus dans son citron.

Le tout pourrait se manifester sous une autre forme, à un autre moment.

D’ici là, on lui doit surtout du respect… et du temps! Parce que dans son cas, l’illumination, elle, ne semble effectivement pas près de s’éteindre.

Disponible dès maintenant sur spiritadrift.bandcamp.com

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