Samedi, j’ai participé au Salon de l’horreur et du fantastique, un salon du livre pour celles et ceux qui versent dans les catégories susmentionnées plus haut. Des écrivains et écrivaines qui, pour la plupart, ne vivent pas de leur plume, publient de façon indépendante et carburent à la passion. Du bon vieux DIY, comme moi pour le moment! Cette année, Louise Girard m’a invité à partager une table avec Kristof Gagné, de la BD sur les groupes metal québécois, et Sonia Decoste, crocheteuse (ou tricoteuse?) de toutous horrifiques. Un salon qui, disons-le, ne fait rien comme les autres.
Mon objectif était simple : jaser avec le monde. J’ai donc apporté les neuf exemplaires restants de mon livre, en me disant que la vente d’un seul pourrait au moins payer mon dîner à la nouvelle microbrasserie de Pointe-aux-Trembles, Lobeva. Endroit agréable, service impeccable et bières délicieuses, comme en témoignait notre palette de dégustation. Les pâtes étaient bonnes aussi, mais un brin onéreuses. Enfin, ça, c’est mon problème!
De retour au Centre Roussin, j’ai poursuivi mon Salon du Livre de l’Horreur et du Fantastique pendant deux bonnes heures avant de plier bagage vers 16 h. Au programme : le souper d’anniversaire de la brute de la maison, mon fils Renaud, qui fêtait ses 17 ans. Vous l’avez peut-être croisé dans le pit de Down, l’autre jour? En ramassant mes affaires, j’ai constaté qu’il ne me restait que deux exemplaires de Lecture du Trône Métallique Tome 1. Sept bouquins de moins dans mon inventaire!
J’en ai effectivement vendu six et offert le septième à Louise, celle qui m’a donné ma première occasion de publier en tant que scribe métallique, en 2004. Et parmi les visiteurs, une phrase revenait avec une régularité (2 fois) surprenante : « Oui! Je te lis depuis que tu écrivais pour Voir! » Je vous confirme que ce genre de commentaire frappe aussi fort qu’Angel of Death de Slayer jouée en show, à Verdun pour la tournée de Seasons in the Abyss. Cette période a marqué un tournant majeur dans ma «carrière» de scribe métallique. Aujourd’hui, vendre mon propre livre demeure un immense plaisir. Merci à tous ceux et celles qui m’encouragent! On sort le 2 betôt?
Et puisqu’on parle de passion, il y a des formations comme Carnation qui comprennent qu’écrire du metal, c’est bien, mais qu’il faut aussi savoir remettre les pendules à l’heure avec une bonne dose de brutalité.
Les Belges en sont à leur quatrième album studio, le premier sous une licence plus indépendante après leur passage chez Season of Mist. C’est désormais sous la bannière de la distribution de Redefining Darkness que le groupe sévit.
Avec une sonorité qui rappelle les grandes heures du death metal suédois des années 80 et 90, notamment Entombed, Dismember et Grave, Carnation m’avait convaincu avec ses deux premières productions. Le troisième album, Cursed Mortality, m’avait toutefois refroidi. Le groupe semblait vouloir lever le pied sur l’intensité et explorer le chant clair. Une démarche tout à fait honorable, mais qui ne m’avait guère convaincu. À force de vouloir polir les angles, on finit parfois par émousser la lame un brin.

Avec Symphony in Flesh, les Belges replongent dans le ragoût essentiel : onctueux, bourré de patates jaunes, nappé de sauce brune épaisse et garni de boulettes bien adipeuses. Pas besoin d’un long exposé sur la consistance de cette mixture : selon mes standards, la recette est réussie. De l’innovation? Non. De l’efficacité? Absolument!
La force de Carnation réside dans ses transitions musicales et, surtout, dans sa capacité à pondre des refrains death métalliques aussi accrocheurs que sanguinolents. Dès Blackmouth, le constat est sans appel : guitare chainsaw dès la première seconde, suivie d’un « Ouark! » bien senti de Simon Duson. Un mur de distorsion nous rentre dedans, les percussions fouettent les tympans et, lorsque le refrain débarque que le bazwell, on comprend que le groupe n’est pas revenu pour distribuer des poignées de main aux gens présents à cette boucherie. Ça dégouline de partout!
La pochette annonce la couleur sans la moindre subtilité et la musique se charge de respecter la promesse. Flesh-Eating Frenzy bourdonne de férocité avant de céder la place à la pièce-titre, plus introspective et ténébreuse. Kingdom of Dreams se montre plus audacieuse, avec une guitare étincelante en ouverture et un riff qui évoque Raining Blood. Labyrinth of Silence, quant à elle, avance avec une lourdeur imposante, des guitares presque célestes qui s’accumulent jusqu’à l’implosion, sans que leur scintillement disparaisse complètement dans le carnage.
Towards Death retourne la louche dans le ragoût pour faire remonter les boulettes coincées au fond de la chasse pinte. Twisted Visions laisse entrevoir une petite touche Death durant son premier tiers, grâce à ses guitares lumineuses, avant de replonger dans les abysses. Avec Boundless Pathways, on passe au galop : roulements de grosse caisse punitifs, chevauchée métallique et refrain qui martèle le titre avec une hargne réjouissante. Le genre de morceau qui donne envie de remplacer son stylo Bic bleu par un coupe-papier pour se gratter le fond de l’oreille.
Et puis arrive Legacy of the Forefathers, un fleuve death métallique de onze minutes qui m’évoque davantage Edge of Sanity que les formations les plus caverneuses du genre. Plus cadencée, légèrement spatiale et étonnamment réfléchie, la pièce respire grâce à ses changements de structure sans jamais perdre son mordant. La brutalité y est abondante, mais elle n’est pas distribuée à la pelle. On est devant une véritable construction musicale, pas simplement devant un abattoir où tout le monde aurait oublié de fermer les valves du dégoulinage.
À ce stade, j’imagine presque le chef d’orchestre se tranchant les bras avec son archet pour diriger le déluge métallique. Le sang éclabousse les partitions, les cordes vibrent encore et personne ne songe à interrompre le spectacle. Voilà une image qui résume assez bien l’esprit de Carnation sur cet album : de la précision, de la démesure et juste assez de folie pour que la chair dégouline.
Symphony in Flesh me permet donc de faire la paix avec Carnation après les hésitations de Cursed Mortality. Le groupe renoue avec l’encre rouge sang indélébile du death metal primitif, sans pour autant sacrifier les arrangements qui donnent du relief à ses compositions. Pas de révolution, c’est certain, mais un retour en force qui fait du bien.
Disponible sur Redefining Darkness Records.