Guillaume Bouchard et Andy Ellefsen, deux esprits déjà bien connus derrière Orloge Simard, ont visiblement décidé qu’ils n’avaient pas encore suffisamment exorcisé les démons du Québec profond. Résultat : Bagoth, un nouveau projet métal saguenéen qui racle là où ça fait mal, là où il fait frette, et surtout là où la lumière n’entrait pas beaucoup sous Duplessis. Le duo fera paraître le 27 février 2026 son premier album, Martyrs Duplessis, une œuvre conceptuelle aussi noire que l’hiver politique qui l’a inspirée.
Martyrs Duplessis n’est pas un simple album : c’est une plongée tête première dans une époque où la peur, la discipline, la politique et la soutane marchaient main dans la main. Bagoth revisite le règne de Maurice Duplessis comme on raconterait un conte horrifique au coin du poêle… sauf que le poêle est éteint, la maison est humide et l’Église surveille toute…
Sans prétendre livrer une thèse politique équilibrée (on n’est pas à l’UQAC), l’album choisit délibérément de braquer les projecteurs sur la noirceur, l’oppression et l’ambiance glaciale de cette période. Une vision assumée, tordue et parfaitement alignée avec l’esthétique crue et sans compromis du groupe.
Andy Ellefsen s’est particulièrement attardé à la figure de Duplessis comme personnage quasi mythologique, plus grand que nature, dont la parole était une arme à part entière : « Ce qui m’intéressait chez Duplessis, ce n’est pas seulement l’homme politique, mais la puissance évocatrice du personnage, l’orateur. Son rapport au verbe, à la mise en scène du discours, à la manière dont il employait les mots. C’est ce langage que j’ai voulu livrer et transformer en matière poétique et abrasive dans les textes de l’album et dans l’interprétation. »

Un projet solide, pensé comme une machine de guerre
Bagoth n’a rien d’un projet secondaire bricolé entre deux répétitions d’Orloge Simard. Guillaume Bouchard signe une composition rigoureuse, lourde et méthodique, où chaque riff, chaque répétition et chaque montée de tension servent une narration globale. Ici, rien n’est décoratif : tout est fonctionnel, oppressant et calculé.
Et c’est frette, comme sur Hoth mais à Bagot…
Pour donner corps à cette vision, le duo s’est entouré de collaborateurs redoutablement efficaces. Michel Bélanger (Gorguts, Cynic) martèle les tambours avec une précision implacable, pendant que Christopher Rannou (Beyond Fiction) se charge de la majorité des guitares, en plus du mixage et du mastering. Le résultat : un black metal massif, structuré, sans fioritures, qui refuse autant la nostalgie que la complaisance.
« Musicalement, je voulais créer quelque chose de complètement unique. La lourdeur, la répétition, les progressions et la tension sont au service de l’album. Chaque pièce a une fonction précise et toutes les parties d’instruments et les parties de chants ont été réfléchies dans les moindres détails. » — Guillaume Bouchard
L’univers visuel de Martyrs Duplessis complète l’expérience avec des photographies de Maxime Bernier (CouraBouare Photos) et une pochette signée Bianca Dallaire, prolongeant cette immersion dans un Québec sombre, figé et hostile.
L’album sera disponible en CD et vinyle chez les disquaires (probablement indépendants) et sur toutes les plateformes numériques, dès le 27 février 2026. La veille, soit le jeudi 26 février, une écoute exclusive aura lieu chez Planète Claire, à Chicoutimi, dès 17 h, avec vente de disques et de marchandises. Le groupe convie le public et les médias sur la rue Racine pour célébrer cette sortie comme il se doit…sans bénédiction, mais avec ben du bruit!
Bagoth signe ici une œuvre qui ne cherche ni à rassurer ni à plaire : seulement à rappeler que la Grande Noirceur, quand on la gratte un peu, fait encore beaucoup de bruit.
Pour en entendre un brin : Martyrs Duplessis | Bagoth