On nous répète chaque année qu’il ne faut surtout pas se fier uniquement à Phil la marmotte pour prédire l’arrivée du printemps. Porté à la gloire grâce au film « Le Jour de la Marmotte », nous connaissons tous cette phénoménale bête qui fait partie de l’ordre des rongeurs, surtout grâce à ce classique cinématographique. Mais peut-on s’y fier avec précision? Après tout, il est tout à fait plausible que l’animal ne soit sorti de son terrier que pour aller fouiller dans les poubelles du Taco Bell du coin, grignoter une toile de piscine abandonnée ou vérifier si Donald Trump n’avait pas encore lâché une nouvelle énormité, juste avant le petit déjeuner. Heureusement, il existe des indicateurs beaucoup plus fiables de l’état du monde qui nous entoure, comme sortir un album de death metal sulfureux lors d’un vendredi 13!

Saviez-vous que nous avons aussi notre marmotte, ici, au Québec? Elle se terre à Val D’Esprit et porte le nom de Fred. Moins populaire que Phil de Punxsutawney (difficile à écrire en cibole!) elle se veut aussi fiable, si tu crois fortement à ce phénomène. Mais moi, je préfère croire au phénomène qu’est le fait de sortir un album metal, surtout death metal, lors d’un vendredi 13. Cette date fatidique se veut un incontournable dans l’imaginaire des films d’horreur et dans l’univers métallique. Par contre, en ce 13 février, les sorties ne sont pas légions quoiqu’il y en ait une qui a attiré mon oreille et ce, pour les bonnes raisons!

Avec Advent of Wounds, le groupe brésilien qu’est Fossilization livre son deuxième album et confirme qu’il ne s’agit pas d’un simple projet éphémère nous venant du duo qu’est celui de V et Z, mais bien d’une entité profondément ancrée dans une vision sombre, suffocante et miséreuse du death metal. Dès l’écoute, on ressent ce souffle infernal, presque socialement chargé, qui évoque la dureté et la détresse du peuple brésilien, transposées ici en matière sonore putride et abrasive.

L’album s’ouvre avec Cremation of a Seraph, une entrée en matière animée par une hargne punitive, sans préambule inutile. Fossilization frappe immédiatement, imposant un climat d’oppression et de violence ritualisée. Disentombed and Reassembled by the Ages se distingue ensuite par ses ponts musicaux excessivement tortueux, où les structures se déforment, se replient sur elles-mêmes et donnent l’impression d’un cadavre musical recomposé à coups de fractures rythmiques.

Le morceau putrifiant qu’est Scalded by His Sacred Halo est sans doute l’item le plus saccadé de l’album. Les guitares y sont profondément discordantes, presque instables, mais Fossilization surprend avec une section centrale beaucoup plus aérienne, créant un contraste malsain, comme un bref instant de lévitation décharnée avant la rechute dans ce trou infernal.

Avec Terrestrial Mold, le groupe enclenche une véritable mitraille sonore, évoquant clairement leurs compatriotes de Krisiun, avant de s’effondrer dans un passage plus lent et écrasant, qui flirte avec le doom, mettant l’accent sur cette impression de décrépitude métallique et d’inévitabilité sonore. Servo, quant à lui, débute de façon énigmatique avec un appel quasi tribal, pour ensuite exploser en pétarades métalliques, révélant un sens plutôt pointu de la montée en tension métallifère.

While the Light Lasts est la pièce la plus lourde et doom de l’album, un véritable gouffre sonore où chaque riff semble peser une tonne. Enfin, Temple of Flies and Moss termine l’album dans une atmosphère caverneuse, presque claustrophobe, ramenant instantanément à l’esprit l’imagerie de la pochette : humide, envahie par la moisissure et rongée par le temps.

Advent of Wound est un album bien crapuleux, volontairement salaud, poussiéreux et rempli de pourriture malodorante. Tout y est… infect! On a presque l’impression que des miasmes s’échappent directement de la gorge du chanteur, Vakka (du nom de V pour les intimes), qui officie également à la basse et à la guitare, épaulé par Zozi (ou Z, mais pas comme dans Richard Z. Sirois) sur l’autre guitare. Ensemble, ils construisent un death metal primitif, malsain et sans concession, où chaque note semble contaminée.

Fossilization ne cherche ni la propreté ni la séduction. Advent of Wounds est une œuvre de putréfaction sonore, honnête dans sa laideur, et parfaitement alignée avec l’idée qu’un vendredi 13 n’est jamais aussi crédible que lorsqu’il est accompagné d’un death metal aussi vicieux, plutôt qu’un restant de marmotte cuisiné par un redneck ayant trouvé une carcasse sur le bord de la route, pour la faire revenir dans la poêle!

Disponible le 13 février sur Everlasting Spew Records.

www.facebook.com/fossilization/