La maturité n’est pas une question d’âge, c’est certain. Parfois, tu te rends compte que ton vieil ami de 52 ans a encore les mêmes références qu’en 1992 et un sens de l’humour qui date de l’époque où Patrick Roy gardait les buts du Canadien. En prenant le temps de jaser avec James McBain, homme à tout faire chez Hellripper, tu te rends compte qu’avec ses 31 printemps, ce musicien a déjà une feuille de route bien remplie en plus de parler comme un homme qui en a déjà vu d’autres. Avec un nouvel album du nom de Coronach, nous avons pris le temps d’en discuter, justement! Entretien avec James McBain, grand orchestrateur et le GOAT, chez Hellripper!  

Hellripper est avant tout ton projet personnel : tu écris, enregistres et produis tout toi-même. Comment vis-tu cette liberté créative totale en studio, et en quoi est-ce différent lorsque Hellripper prend vie sur scène avec d’autres musiciens ?

Bonjour, et merci de prendre le temps de discuter avec moi ! Oui, Hellripper est mon projet personnel et cela me donne une liberté créative totale. Les chansons finissent par sonner exactement comme je veux qu’elles sonnent, et les choses sont faites comme et quand je veux qu’elles soient faites ! C’est très libérateur et même si certaines choses peuvent devenir stressantes. Tu sais, je m’occupe de la plupart des aspects administratifs et logistiques et je gère aussi ma propre boutique en ligne, j’y trouve énormément de plaisir. Je vois presque l’aspect des concerts comme quelque chose de complètement différent, et j’aime la manière dont nous travaillons là-dessus. En studio, je suis très méthodique, je prends beaucoup de temps pour faire les choses d’une certaine façon et j’aime beaucoup expérimenter, alors que le spectacle adopte une approche beaucoup plus dépouillée et chaotique.

Sur scène, tu t’entoures de musiciens pour amener les albums au public. Quels sont tes principaux critères lorsque tu choisis tes collaborateurs qui seront sur scène avec toi? La capacité technique, l’attitude, la compréhension de l’esthétique de Hellripper ou la chimie humaine ?

Tout cela à la fois ! Tu n’as pas besoin d’être aussi bon que Jeff Loomis ou quoi que ce soit du genre, mais évidemment être capable de jouer les chansons est essentiel ! À part ça, je pense qu’il est très important que tout le monde dans le groupe s’entende bien, puisque nous passons tellement de temps ensemble dans les aéroports, les hôtels, les camions, etc. Je veux que l’environnement soit agréable pour tout le monde.

Est-ce important pour toi que ces musiciens comprennent aussi l’esprit très enraciné de l’approche black/speed metal que tu incarnes ?

Pas tant que ça. J’aime que les gens aient des influences différentes et viennent d’horizons différents. Ce qui est beaucoup plus important pour moi, c’est qu’ils aiment jouer la musique de Hellripper et qu’ils apprécient le mode de vie de la tournée. Nous devons évidemment être sur la même longueur d’onde dans une certaine mesure, donc il y a généralement un terrain d’entente musical entre tous les membres du groupe.

Le terme Coronach, qui est le titre de l’album, est profondément enraciné dans la tradition écossaise. Peux-tu expliquer sa signification et comment il se rattache à ton identité culturelle et à ta musique ?

Le coronach est un chant improvisé pour les morts, traditionnellement interprété lors de funérailles en Écosse pour honorer et pleurer le défunt. La pièce elle-même raconte une histoire inspirée du poème du même nom de Sir Walter Scott, et j’ai choisi d’utiliser ce mot pour le titre de l’album simplement parce que je trouvais qu’il avait une belle apparence et une belle sonorité. J’aime l’atmosphère et l’imagerie qu’il évoque.

Dans quelle mesure l’Écosse elle-même, son histoire, ses légendes et son folklore influencent-ils ton écriture et l’atmosphère de Hellripper ?

Les chansons de cet album, et de mon album précédent, sont toutes basées d’une manière ou d’une autre sur l’Écosse, et même si les thèmes ont beaucoup en commun avec ce dont j’ai déjà parlé dans ma musique, comme le bien et le mal, des événements historiques ou des histoires d’horreur, par exemple. J’aime cette possibilité d’inclure différents décors, atmosphères et mots est très agréable et ça m’aide à rester inspiré. Je peux aussi injecter mes expériences personnelles dans un morceau comme Kinchyle (Goatkraft and Granite), même si c’est un style d’écriture assez nouveau pour moi.

Hellripper a récemment signé avec la compagnie Century Media, une grande maison de disques metal. Comment cette collaboration s’est-elle mise en place?

Nous étions simplement arrivés à la fin de notre contrat et Century Media a montré de l’intérêt pour le groupe. J’ai rencontré quelques personnes du label et nous avions une vision commune pour l’avenir du groupe.

À ce stade de ta carrière, qu’est-ce que Century Media apporte concrètement à Hellripper et pourquoi cette signature représente-t-elle une étape importante pour toi?

Ils apportent leurs ressources, leurs contacts, leur expertise et une distribution mondiale. Chaque fois que je signe avec un label, c’est parce qu’il peut faire quelque chose que je ne peux pas faire moi-même. En ce moment, je veux que ma musique atteigne le plus de gens possible et Century Media peut m’aider à y parvenir.

Même si tu es encore assez jeune, tes influences et ton approche musicale donnent l’impression de venir d’un vétéran du metal. D’où viennent ces goûts profondément ancrés pour le metal traditionnel, le black metal et le speed metal?

Je suis entré dans le metal grâce à des groupes comme Metallica et Megadeth. Je les ai découverts sur internet, pendant mon adolescence. Cette musique a immédiatement résonné en moi et, à partir de ce moment-là, comme un vrai fou, j’ai cherché en ligne tout ce qui pouvait sonner un peu comme ça, tout en découvrant progressivement des groupes plus lourds, plus extrêmes et plus obscurs. Je ne pense pas vraiment en termes de old-school ou de moderne car ça ne compte pas vraiment pour moi. Quand j’ai commencé à m’intéresser au metal, les scènes « new wave of thrash » et « new wave of traditional metal » étaient assez populaires, et donc des groupes comme Warbringer, Enforcer, Evile et Steelwing ont été tout aussi influents et importants pour moi que les groupes plus anciens. Tu sais, Hellripper joue du speed metal parce que c’est mon style de musique préféré, et j’ai été très inspiré par beaucoup de groupes très DIY comme Toxic Holocaust et Midnight. Donc le son et l’esprit fondamentaux de Hellripper resteront toujours dans ce domaine, mais je reste inspiré et je trouve ça plus intéressant si j’essaie d’incorporer des éléments de tout ce que j’écoute dans ma musique.

Parlons de l’album maintenant. La chanson Hunderprest se distingue par sa violence brute et son côté presque acrobatique. Comment as-tu abordé l’écriture de ce morceau, et cherchais-tu volontairement à pousser tes limites physiques comme musicien ?

Ce morceau est venu très naturellement et semblait parfait pour ouvrir l’album avec son introduction violente et frénétique. Je pense que s’il y a une chanson qui pourrait résumer le groupe, ce serait celle-là. La nature chaotique du morceau et les riffs de guitare très techniques donnent probablement l’impression qu’il est plus difficile à jouer qu’il ne l’est réellement ! La première moitié du morceau est inspirée par beaucoup de neo-crust, où il y a beaucoup d’atmosphère et de mélodie au milieu de la folie, et la seconde moitié est celle où les éléments black metal et thrash metal prennent le devant. La partie de piano est inspirée des films muets, et il y a aussi une section parlée, avec chant clair influencée respectivement par Type O Negative et Darkthrone. Il se passe pas mal de choses dans ce morceau !

Ensuite, Kinchyle (Goatkraft and Granite), elle possède un groove rock’n’roll très assumé, presque punk dans l’esprit. Était-ce intentionnel d’injecter ce genre d’énergie au cœur d’un album aussi extrême ?

Encore une fois, ce n’était pas intentionnel d’écrire quelque chose de spécifiquement plus rock, et c’est probablement le morceau le plus « rock ’n’roll » que j’ai écrit depuis un bon moment ! Musicalement, c’est un morceau très amusant, et je pense que le changement d’ambiance au milieu apporte aussi quelque chose de nouveau au son Hellripper.

J’aimerais te parler de The Art of Resurrection car elle se distingue par son atmosphère sombre, son introduction au piano et une performance vocale encore plus articulée et tranchante. Que représente cette chanson pour toi sur les plans émotionnel et narratif ?

Sur le plan narratif, cette chanson raconte une histoire inspirée des « resurrection men» de l’Édimbourg du XIXe siècle et de personnes comme Burke et Hare, deux meurtriers de l’époque. C’étaient des gens qui vendaient des cadavres aux scientifiques, pour qu’ils puissent faire des recherches. J’ai souvent dit que ce morceau était un peu la version Hellripper d’un titre post-punk et c’est probablement la chanson la plus « différente » de l’album, car elle contient beaucoup d’éléments que je n’avais jamais vraiment explorés auparavant. L’introduction que tu mentionnes est passée par plusieurs versions et devait à l’origine s’inspirer de Bleed the Freak d’Alice in Chains. Cela ne fonctionnait pas vraiment, et le thème lyrique ainsi que le décor de l’Édimbourg des années 1800 m’ont poussé vers une approche plus sombre. C’est ainsi qu’est née la combinaison finale piano et violoncelle inspirée par Agnes Obel, une musicienne danoise. C’est quelque chose de très nouveau dans mon écriture.

Aussi, la pièce Baobhan Sith (Waltz of the Damned) est massive et écrasante. Elle semble conçue pour provoquer d’énormes mosh pits en concert, tout en intégrant des lignes de violon. Comment as-tu équilibré cette brutalité brute avec des éléments plus élégants et mélodiques ?

J’ai écrit une partie qui suggérait un rythme de valse, d’où le titre, et l’idée d’une sorte de danse fatale m’est venue. Dans le folklore écossais, les Baobhan Sith séduisent leurs victimes et dansent souvent avec elles avant de les tuer, donc cela me semblait être un sujet parfait. La partie de violon a été ajoutée pour accentuer l’idée de la valse et apporter plus de mélodie. Encore une fois, quelque chose de très nouveau dans mon écriture. Cette chanson part dans plusieurs directions et j’ai structuré le morceau un peu comme une histoire pour correspondre à ce qui se passe dans les paroles.

Le clin d’œil à Midnight dans Blakk Satanik Fvkkstorm semble presque indéniable. À quel point cette influence a-t-elle façonné ce morceau en particulier ?

Le titre a été inspiré par un groupe australien appelé Tropical Fuck Storm et c’était simplement quelque chose que je disais comme titre provisoire qui correspondait au rythme de la musique. C’était un peu ridicule, mais parfois une chanson demande simplement ce genre de chose, et c’est resté ! La chanson est basée sur l’histoire de Thrawn Janet de Robert Louis Stevenson et c’est probablement le morceau qui ressemble le plus au son « original » de Hellripper. Des groupes comme Midnight, Motörhead, TANK, Venom et tout ce courant black ’n’roll sont tellement ancrés en moi que ce n’est jamais une décision consciente d’écrire quelque chose dans ce style. Cela vient très naturellement.

Maintenant, en ce qui concerne Sculptor’s Cave, elle est à la fois très rythmée et probablement la chanson la plus technique de l’album. Était-ce un défi personnel pour pousser ton jeu à un autre niveau?

Pour moi, c’est en fait l’une des chansons les plus faciles à jouer de l’album ! Je pense qu’elle semble plus difficile à cause du caractère très technique du riff principal. Cependant, j’ai pris la décision consciente de pousser mon propre jeu sur ce morceau. Je n’avais jamais appris à faire du sweep picking à la guitare et je n’en avais jamais ressenti le besoin, mais je voulais une partie tourbillonnante et atmosphérique, qui se veut inspirée par beaucoup de musique électronique, pour terminer la section solo de guitare. Et j’ai senti que le sweep picking était la meilleure façon d’y parvenir. J’ai donc écrit quelque chose… puis j’ai dû apprendre à le jouer.

La chanson Mortercheyn incarne une intensité black metal pure et sans compromis. Qu’essayais-tu d’exprimer à travers cette poussée de noirceur ?

C’est l’un des morceaux de l’album où l’approche lyrique est plus personnelle. Mortercheyn est censée être la maladie propagée par le Nuckelavee, une créature maléfique du folklore écossais, dans son sillage. C’est une maladie contagieuse et mortelle qui affecte principalement les chevaux et qui est utilisée dans la chanson comme métaphore de la décadence et de la chute du monde. Musicalement, le morceau est surtout inspiré par de nombreux groupes d-beat et crust.

La pièce titre, qui ferme l’album, semble plus abyssale, avec une approche vocale plus rugueuse, mais aussi très inspirée mélodiquement par Iron Maiden, et elle inclut même des cornemuses. Pourquoi était-il important pour toi de terminer l’album sur une note aussi épique et identitaire ?

Pour une raison quelconque, j’aime terminer un album avec quelque chose de plus épique. J’ai fait la même chose sur tous mes albums précédents. Ce morceau part dans plusieurs directions et oui, on y retrouve des éléments de groupes comme Bathory, Metallica et Iron Maiden, même si je pense que l’atmosphère black metal reste très présente. Je voulais aussi écrire une chanson qui serait essentiellement à moitié composée de solos de guitare, et cela vient de mon amour pour le classic rock et le southern rock comme Lynyrd Skynyrd, The Outlaws, Molly Hatchet et Blackfoot. Je trouvais que le son hanté des cornemuses disparaissant au loin était une fin appropriée pour la chanson et pour l’album dans son ensemble.

Tu es « en contrôle » de tout : écriture, instruments, enregistrement et production. Penses-tu qu’il y aura un jour un moment où tu feras appel à une personne externe, comme un producteur ou un collaborateur, pour apporter une perspective nouvelle, ou bien ce contrôle total est-il essentiel à l’identité de Hellripper ?

Pour l’instant, je n’ai aucune envie de faire intervenir quelqu’un d’autre. J’aime simplement travailler de cette façon, et c’est ce qui est le plus important pour moi! Si, pour une raison ou une autre, j’ai l’impression que les choses deviennent stagnantes ou qu’un changement est nécessaire pour me garder inspiré, alors je suis ouvert à tout. Je n’ai rien contre d’autres méthodes de travail, c’est simplement celle qui a le plus de sens pour moi en ce moment.

J’ai remarqué sur des photos de l’année dernière que tu portais un t-shirt de Manic Street Preachers, qui est l’un de mes groupes préférés hors metal. Quelle place les influences non metal occupent-elles dans ton univers musical, et penses-tu qu’elles se retrouvent parfois dans Hellripper, même inconsciemment?

Ça me fait plaisir d’entendre ça ! Les Manics sont l’un de mes groupes préférés et une énorme influence dans mon écriture. La musique non metal m’influence autant que le metal, mais simplement d’une manière différente. Plutôt que dans le style des riffs, des groupes comme Manic Street Preachers, Editors ou Arctic Monkeys me permettent de penser à différentes manières de structurer les chansons, de formuler les lignes vocales et d’utiliser la production d’un morceau pour l’améliorer. J’écoute beaucoup de groupes non metal, donc cette influence s’infiltre inconsciemment dans la musique, mais même certains des éléments les plus extrêmes de Hellripper peuvent avoir une influence consciente et délibérée provenant de ces groupes.

Finalement, l’idée de jouer à Montréal est-elle quelque chose que tu envisages dans un avenir proche ou à moyen terme ? La scène metal montréalaise est très dynamique, ouverte et serait très réceptive à un groupe comme Hellripper.

Bien sûr ! Nous essayons toujours de planifier le meilleur moment et la meilleure façon de visiter de nouveaux endroits et une tournée nord-américaine est très haute sur notre liste de priorités ! Cela arrivera éventuellement, et j’espère que ce sera plus tôt que tard!

Sur ce, merci beaucoup James!

Merci à toi!

L’album Coronach de Hellripper sera lancé le 27 mars sur Century Media Records.

www.facebook.com/Hellripper1

Photo : MM Photography