C’est le lendemain de la St-Valentin, j’espère que vous n’êtes pas trop joufflus par le chocolat du Jean Coutu. C’est le temps d’aller expurger tout ce sucre avec une bonne balade, tout en écoutant un brin de musique. C’est frette, par exemple… À -21 degrés Celsius, quand je pars faire mes marches de pépère, j’ai l’impression que mon visage se fissure comme la glace d’un pare-brise pendant que tu actives le defrost. Le froid mord, la peau tire, tout craque. Exactement la sensation que me renvoie la pochette de The New Flesh, septième offrande des Britanniques de Sylosis. Une illustration sublime, glaciale, presque clinique, qui me rappelle les éditions de science-fiction de la fin des années 70 et du début des années 80 qu’on associait aux romans de Isaac Asimov, avec ces visions futuristes, à la fois élégantes et inquiétantes.
J’ai toujours apprécié l’esthétique lié aux livres d’Asimov, même chose pour le film Fantastic Planet qui, par contre, m’a foutu la pétoche solide vers l’âge de 5 ans. Je tape les mots et j’en ressens encore les frissons! La couverture de The New Flesh est l’œuvre de l’artiste Snakehed, habitué de travailler avec Sylosis depuis quelques années mais qui semble plutôt anonyme, selon mes recherches. Donc, le groupe est toujours signé chez Nuclear Blast et il poursuit son amalgame maîtrisé de metalcore, de thrash avec une pointe de death metal. Une recette connue, oui, mais encore affûtée et efficace.
Prêt pour ma marche, j’ai aussi le nouveau Rob Zombie aussi dans mon lecteur de Mp3 (avec écouteurs à fil) car je suis de la vieille école. Je sais que ma batterie va descendre rapidement et que les fils seront gelés, mais c’est ma façon de faire et je l’assume. Foulard sous le nez, j’avance avec mes bottines dans les rues de Terrebonne et Beneath the Surface ouvre l’album de Sylosis, pied au plancher. Exécution rapide, guitares en mode éclaireur, ça déblaie le Boulevard des Plateaux sur un moyen temps, sans politesse inutile. C’est efficace, direct, presque « pédagogique » dans sa façon de rappeler que Sylosis excelle quand les musiciens appuient solidement sur le champignon.
Ensuite, la pièce qu’est Erased alourdit beaucoup plus le propos. Plus dense, plus pesante dans sa livraison, elle installe une tension plus compacte. On sent le groupe confortable dans ces mid-tempos massifs où la rythmique écrase plus qu’elle ne découpe. All Glory, No Valor est probablement mon sommet personnel sur cet album et je maintiens une bonne cadence dans les rues glacées de mon quartier. Teinte franchement thrashée, galop savoureux, dualité vocale qui passe du cri éraillé à une approche plus death mais avec des intonations venimeuses. Là, on parle le même langage! C’est tranchant, corrosif, précis et ça fonctionne admirablement.
Puis arrive Lacerations, et je décroche un brin. Le côté plus “caramel” qui se veut plus accessible me laisse tiède. Comme de raison, la portion plus grogneuse équilibre l’ensemble et évite la chute de mon taux de glycémie, mais je demeure peu sensible à la facette plus moelleuse de Sylosis. Je reprends l’accélération avec Mirror Mirror qui évoque fortement Slipknot avec des textures sonores bricolées, une ligne directrice rappelant la troupe masquée et des phrasés vocaux qui copinent avec l’approche de Corey Taylor.

Le soleil est agréable en cette journée frigorifique et le frimas dans ma moustache m’offre encore plus de fraicheur. J’ai vraiment le goût de me clancher un kombucha mais dans mon quartier, il n’y a aucun dépanneur. Je devrai donc attendre d’être à la maison et pour oublier ma soif, je poursuis avec Spared from the Guillotine qui mitraille dès l’ouverture. Le riff d’attaque me renvoie directement à Vio-Lence. Et ça, c’est un solide point dans la colonne thrash! Ça frappe, ça tranche, ça ne s’excuse pas… mais j’ai toujours envie d’un kombucha!
Adorn My Throne flirte davantage avec un metal moderne avec une voix introspective en amorce qui se veut rapidement confrontée à une explosion plus courroucée. Quelques arrangements de claviers donnent une ligne futuriste, presque synthétique par moments. J’ai l’impression que Perturbator aurait pu glisser sa carte d’affaire dans le mix, en passant par ce studio. La pièce titre, The New Flesh, est bien carabinée en proposant une guitare croustillante, une ligne thrash efficace et des cris de gang qui épaississent la structure de la chanson. C’est musclé, assumé et taillé pour la scène.
De retour à la maison, je n’ai pas de kombucha dans le frigo et je poursuis mon écoute. J’en suis à Everywhere at Once. Bien installé, les joues rougis et les Crocs aux pieds, je suis dubitatif. Cette chanson me fait lever pour un second café, sans trop presser le pas. Hum… Ballade coquette, une approche plus sirupeuse : mon oreille décroche. J’y entends des échos de Three Days Grace, et ce n’est pas exactement dans ma palette gustative métallique.
Deuxième café de la journée en main, celui d’après la marche, c’est la suite avec Circle of Swords qui rajoute une couple de livres de patates dans le ragoût avec sa lourdeur assumée, tandis que Seeds in the River accélère le tempo et propose une portion vocale plus soyeuse. Honnêtement, rendu là, mon verdict était déjà presque scellé.
J’entretiens une relation amour-haine avec Sylosis. Quand c’est corrosif, thrashé, nerveux, je persiste et signe. Quand la voix claire prend le devant, je me retire poliment du champ auditif. Cela dit, The New Flesh demeure un bon album. Solide, cohérent, suffisamment varié pour rallier les fidèles et potentiellement en recruter d’autres. Avec une tournée en Amérique du Nord en compagnie de Bleed from Within, le groupe anglais risque fort d’élargir son auditoire et de consolider les conquis d’avance.
The New Flesh est un disque qui mord comme le vent d’hiver. Par moments, il me fend le visage, et j’aime ça! D’autres fois, il me donne envie de rentrer dans ma chaumière, pour m’y réchauffer tout en m’enlignant musicalement, sur autre chose.
Disponible le 20 février sur Nuclear Blast Records.
Photo: Jake Owens