The Cloud of Unknowing serait donc la véritable carte de sortie de Sepultura. Oui, aussi simple que ça, un mini-album de quatre pièces, rien de moins. Rien de plus! Euh oui, à cela s’ajoute une tournée d’adieu, une seconde même et une deuxième visite pour le Québec, comme si le groupe voulait s’assurer qu’on comprenne bien que cette fois, c’est la bonne.
Intitulé The Cloud of Unknowing, ce court format propose du matériel qui navigue entre plusieurs atmosphères tout en conservant une ligne directrice étonnamment cohérente. Le Sepultura d’Andreas Kisser a toujours cultivé une certaine audace, une qualité que j’ai longtemps appréciée (et que d’autres ont parfois trouvée… discutable) et qui me plait encore. Pour ceux qui préfèrent un registre plus brut, il y a toujours Soulfly, Cavalera (tout court qui reprend du vieux Sepul‘) ou Cavalera Conspiracy, mais personnellement, la séparation appartient à une autre époque car si on fait le calcul, Green est le chanteur de Sepultura depuis 28 ans!
J’ai toujours été sensible au jeu de guitare de Kisser, mais il m’a fallu du temps avant d’adhérer pleinement à la voix de Derrick Green. C’est véritablement depuis Kairos que je suis en phase avec ce Sepultura dit « moderne » et qui a toujours été d’une efficacité redoutable.
Cet enregistrement final marque à la fois une première, et une dernière, avec le batteur Greyson Nekrutman, qui ne passe clairement pas inaperçu. Sa performance est musclée, précise, parfois même très démonstrative… mais diablement précise.
Ce EP s’ouvre en pleine tempête avec All Souls Rising, une pièce rapide où des arrangements de cordes viennent enrichir une structure déjà très dense. Les transitions sont fluides, les ponts solides, et l’ensemble oscille entre une nervosité métalloïde et une certaine sophistication, munie d’une belle maîtrise.

Beyond the Dream brise immédiatement les attentes. Green y adopte une approche quasi théâtrale, feutrée, qui évoque un Nick Cave passé au grinder métallique. La pièce s’installe comme une ballade atypique, soutenue par des nappes de claviers discrètes, avant de monter en intensité sans jamais sombrer dans la surenchère métallique. Une des surprises les plus marquantes de cette production.
Avec Sacred Books, le groupe remet les pendules à l’heure. C’est le morceau le plus frontal de ce petit lot avec son attaque directe, ses rythmiques tranchantes, et une énergie quasi punitive. L’ajout d’un piano joué avec une certaine agressivité apporte une texture inattendue, tandis que la complicité entre Kisser et Nekrutman se fait particulièrement sentir.
Enfin, The Place agit comme une synthèse de l’ère Green. Plus posé, légèrement progressif, le morceau laisse respirer les arrangements. La basse ronde de Paulo Jr. soutient une montée graduelle, jusqu’à l’entrée en scène de Green, qui explore ici plusieurs registres vocaux avec assurance. Une conclusion plutôt réfléchie, presque introspective.
Au final, cet enregistrement a des allures de point final… mais sans véritable fermeture. Une sortie atypique, presque discrète pour un groupe de cette envergure, qui donne plutôt l’impression d’un passage de relais.
Et soyons lucides! Effectivement, il est peu probable que ce soit la dernière fois qu’on entende parler de ces musiciens. Kisser reste une figure quasi mythique au Brésil, Green pourrait très bien surprendre en solo et peut-être même hors métal et Nekrutman, à ce rythme, ne restera pas longtemps sans projet musical! Quant à Paulo Jr.… disons qu’il continuera probablement à faire exactement ce qu’il fait depuis toujours : être là, solide, sans trop faire de bruit!
Ça, on ne le sait pas… un peu comme nous l’annonce le titre!
Disponible le 24 avril sur Nuclear Blast Records.