Parler de Angine de Poitrine sans expliquer pourquoi ils ont cassé l’internet, c’est un peu comme expliquer pourquoi La Petite Maison Blanche de Chicoutimi est encore debout après le déluge de 1996. Effectivement, tu peux décrire les faits, parler des pluies diluviennes pendant des jours, du fait qu’il aurait fallu ouvrir les vannes… mais ça reste presque surnaturel. Oui, mes amis, aussi surnaturel que les gens qui préfèrent la pizza de chez Pizzapro plutôt que l’ultra délectable qui est servie chez Sorrento. De vrais gigons, tant qu’à moi. Vraiment.

D’abord, il y a cette fameuse prestation pour KEXP. Dans un écosystème saturé de contenus en concert et d’intelligence artificielle, ils ont réussi l’exploit de transformer une simple prestation de type « showcase » en expérience quasi psychédélique, sans prescription de ton pusher préféré qui vendait de la mescaline derrière l’arcade Galaxie.

La microtonalité n’est pas qu’une gimmick chez Angine de Poitrine, c’est plutôt qu’elle devient un véritable langage. Les intervalles instables créent une tension permanente, une impression que la musique glisse entre les craques du plancher de bouleau de ton chalet sur les monts Valin.

Un peu comme un Saguenéen qui marcherait sur la Racine, un brin chaudaille en février, tout en tenant sa Labatt 50 avec ses mitaines de Ski-Doo. Oui, à Chicoutimi, on boit dans les rues. Du moins, jadis…

Résultat : une transe musicale contrôlée, hypnotique, mais étonnamment accessible. Rien de satanique, ni d’une allégeance aux Francs-Maçons. Juste du gros fun musical, des triangles avec les doigts, des hot-dogs et des… pois!

Beaucoup, même!

En entendant leur musique, bien souvent en mode curiosité, nombreux ont aimé, nombreux ont détesté mais aucun n’est resté indifférent.

Ensuite, il y a l’efficacité structurelle du duo. Deux musiciens, mais une densité sonore qui ferait suer bien des formations à cinq ou six membres. On pense à l’économie virtuose mais pimpante de Primus, cette capacité à remplir tout l’espace avec des lignes musicales imbriquées, rythmiquement complexes, mais toujours lisibles. Leur jeu rappelle aussi la précision chirurgicale tout en saluant au passage l’esthétique visuel (et même le jeu !?!?) de Randy Rhoads pour la guitare à pois combinée avec un Brann Dailor de Mastodon avec son drum… à pois!

Toute est dans toute!?!

C’est technique, oui, mais jamais froid : ça groove comme dans un party de sous-sol à Chicoutimi-Nord, après trois caisses de 24 de Wildcat!

Le visuel joue un rôle clé. L’anonymat, les masques, les costumes. On connaît la recette, popularisée par KISS, modernisée par Ghost, radicalisée par GWAR et solidifiée par Slipknot, c’est toujours efficace même si de nombreux forains tentent de percer le mystère face à l’identité des musiciens sous les masques.

Mais chez ADP, ce n’est pas de la mise en marché, c’est plutôt une extension de la musique. Le masque n’est pas là pour cacher, il est là pour amplifier l’étrangeté. Ça crée un mysticisme qui attire autant les métalleux que les amateurs de musique expérimentale, un peu comme si Michel Barrette (en Roland « HiHa » Tremblay) décidait soudainement de faire un monologue avec des chaps en cuir, pas de bobettes: tu ne comprends pas tout, mais tu regardes…

Le contexte régional ajoute une couche narrative irrésistible. Chicoutimi, c’est pas Berlin, Seattle ni Brooklyn. C’est une ville où le hockey des Saguenéens, le froid mordant et une certaine rudesse façonnent le caractère. Et pourtant, de ce terreau frigorifique sort un projet qui sonne comme une hallucination mathématique. Le parallèle est parfait : comme la Petite Maison Blanche qui résiste aux eaux, Angine De Poitrine résiste aux conventions.

Le soutien de figures comme Dave Grohl, Rick Beato, Sean Lennon, Mike Portnoy ou Ola Englund agit comme catalyseur. Ce n’est pas ce qui a créé le buzz, mais ça le légitimise auprès de publics différents : rock, prog, metal et autres geeks de théorie musicale! Tout le monde y trouve son compte.

Et puis il y a la dimension en concert. Des salles pleines partout, une ouverture pour Jack White à Toronto, ce n’est plus un phénomène niché, maintenant. Eh non! C’est un groupe qui coche toutes les cases pour des tournées majeures. On les imagine sans problème ouvrir pour Ghost, Meshuggah, King Gizzard ou Opeth. Surprendre un public plus large avec Paul McCartney (parce que tant qu’à être dérouté, autant y aller dans le piton!) ou même pour Dio Hologram…. parce qu’après tout, quoi de plus logique qu’un groupe masqué et microtonal en première partie d’un hologramme?

En gros, Angine de Poitrine attire l’attention parce qu’ils combinent trois vecteurs rarement alignés avec autant de précision : l’innovation sonore réelle, l’identité visuelle forte et l’exécution scénique irréprochable. Ajoutez à ça une ligne narrative digne d’un conte saguenéen qui se situe entre tempête de pois en noir et blanc, bière cheap, mescaline et génie inattendu, et tu obtiens un phénomène qui, comme le passage de Metallica au Centre Georges-Vézina à deux reprises, devient rapidement… mythologique!