En appuyant sur cette touche, je peux vous affirmer que je suis dehors, sous le gazebo en train de taper ce texte, sirotant une IPA du Nord-Est édition spéciale Nectaron. C’est chaud, humide avec un brin de vent, le contraire de samedi. Effectivement, à la même heure, j’étais habillé comme si j’étais en train de me préparer pour aller voir un concert un 29 octobre mais nous étions le 29 juin. J’avais mon kit automnal : jeans sombre mais propre, t-shirt d’un groupe thrash allemand, hoodie foncé, veston de jeans qui propose une absence de couleur (donc tout en noir, comme si j’allais dévaliser la Caisse Pop, vous direz) et ma casquette monochrome.    

La pluie était gossante, irritante même. Ma seule consolation demeure le fait qu’elle se voulait excessivement utile pour garder mon gazon bien vert, la fierté d’un banlieusard. Bisous à la famille, souliers aux pieds et Cd de Cannibal Corpse dans la voiture, je quitte mon Terrebonne pluvieux pour accéder à Montréal, pluviale elle aussi.

Stationnement du bolide pour prendre le métro, une dame remet des tracts religieux à chaque personne qui passe près d’elle. Je suis curieux de lire le contenu. Je me tiens près de cette dame, question de pouvoir en attraper un au passage, pour qu’elle puisse me voir en se disant : « Sauvons cette âme égarée! » 

Non, elle me boude. Elle abaisse son regard ainsi que son bras qui tenait la pile de tracts. Est-ce qu’elle désire les économiser car la soirée sera longue? J’en doute car elle a un sac IGA réutilisable à ses pieds qui déborde des mêmes papiers informatifs. Je ne m’en fais pas plus, elle est sans aucun doute dans le jugement, compte tenu mon t-shirt de Destruction pour Release from Agony.

Plus loin, je remarque plusieurs des tracts de la dame qui ont été abandonnés par la plèbe. J’en agrippe un pour lire : «JESUS est amour, Dieu est AMOUR. L’avortement est un MEURTRE«. On dirait que les bottines ne suivent pas les babines, pour cette dame. Il n’y a rien de pire que ceux qui NE pratiquent pas vraiment ce qu’ils prêchent…

Rituel du concert du samedi: aller prendre une bière d’avant concert. Étant donné que le Piranha est officiellement une salle de spectacles du Quartier des Spectacles, je me dis que le St-Bock sera agréable pour m’accueillir. Sur les téléviseurs, je peux regarder la rediffusion du repêchage de la LNH de la veille mais je ne vois pas Céline Dion venir annoncer le choix du Canadien. Par contre, je vois Renaud Lavoie être trop heureux d’être sur place. Donc, d’être fidèle à lui-même, il faut lui donner ça.

Après une pinte et un verre de bière, en plus d’une poutine Montréal (avec cornichon, smoked meat, choucroute et moutarde baseball) il est maintenant le temps d’aller au Piranha. Pour moi, ce sera un baptême total, c’est mon premier spectacle dans cette salle. Sur place, je comprends que le tout se déroule au sous-sol. Je conclus donc que le Piranha est un complexe sur trois étages, dans un sens.

En entrant, je suis accueilli par une demoiselle souriante, à la porte, qui m’estampille le poignet. J’apprécie la petitesse de la place, la disposition de la scène qui se veut juste assez haute pour avoir les yeux à la hauteur du torse des musiciens. Aux Foufs, je trouve la scène beaucoup trop haute, quoique cela se veuille un avantage si tu te retrouves derrière la salle.

Avant qu’ATER ne commence, je me dirige au bar pour aller me chercher une bière pour bien assimiler le concert. Une fois de plus, je suis accueilli avec un sourire digne d’une publicité pour les dentifrices Crest. Les sourires des membres du l’équipe du Piranha se sont répétés et ce, toute la soirée, nous démontrant que les gens sur place ont envie d’être là et ont envie de travailler, ce qui n’est pas le cas partout…

Après quelques ajustements d’usage sur scène, ATER a pu imposer son death metal crusté. Si la première pièce se voulait beaucoup plus comme un placement sonore, la seconde a su confirmer le groupe comme ayant amplement sa place sur le bill de la soirée. Le chanteur semblait beaucoup plus à l’aise lors du second morceau, surtout lorsqu’il abandonné son lourd blouson de cuir. Le poing en l’air, il vivait ses chansons. À la basse, une jeune femme du nom de Carla (qui avait des allures d’une Jo Bench des années ’90), un batteur à tout détruire et un guitariste qui avait un son de guitare juste assez rasoir et une croix inversée en masking tape. Toute fittait!

Une trentaine de minutes excessivement convaincantes pour ce groupe qui m’a donné envie d’en découvrir encore plus à leur sujet et ceci est un gros + à donner à Dave d’Extensive Enterprise qui laisse de la place aux groupes locaux d’ouvrir sur des concerts d’envergure.

Après la prestation d’ATER, je me suis dit que la balance de son se voulait assez intéressante pour un groupe en ouverture, ce qui se veut un phénomène particulier et plutôt rare. Environ une quinzaine de minutes plus tard, c’était au tour de Street Tombs de faire leur tour sur scène. Formation signée chez Carbonized Records, on comprend rapidement leur affiliation avec Necrot et leur place sur cette tournée étant donné que leur patron est Chad Gailey, batteur de Necrot et propriétaire du label.

Quoiqu’il en soit, ce groupe n’a pas volé sa place sur cette tournée. Le son était, une fois de plus, excellent. Plus la soirée avance, plus je me rends compte que j’adore cette place qu’est le Piranha. Bonne qualité sonore, staff compétent et enjoué, en plus de formations sur scène qui mettent tout en place pour que la soirée soit mémorable. Le death metal de Street Tombs me rappelle celui d’Undeath, Death de l’époque Leprosy et de Skeletal Remains, je suis en mode découverte face à leur proposition qui se veut excessivement accrocheuse et j’en suis ravi. Je suis planté devant le band et j’en profite pour analyser le jeu précis des musiciens, surtout celui du bassiste Galen Baudhuin pour qui, le tout semble tellement facile.

Cette formation américaine a aussi droit à une trentaine de minutes et en maximisant sur leur album Reclusive Decay, le groupe atteint l’objectif de toutes formations méconnues qui ouvrent sur une tournée : amener les gens à ta table de merch pour faire un achat qui va permettre à l’auditeur de mieux cerner le groupe à la maison, l’encourager face à la suite des choses et bien sûr, mettre quelques dollars dans les poches de la formation.  

Comme l’a fait Necrot, en fin de compte. Et c’est maintenant leur tour de profiter de la place finale sur l’affiche de cette tournée. Leur tournée.

En position numéro 3, le quatuor du Dakota du Nord qu’est Phobophilic. Signée chez Prosthetic Records, cette formation propose un death metal lourd et abyssal. C’est profond et caverneux. J’avais bien apprécié leur premier album, Enveloping Absurdity, sorti en 2022 mais samedi soir, j’ai pu voir et entendre que ce groupe propose un souffle beaucoup plus malsain sur scène. Une fois de plus, la qualité sonore de la salle du Piranha ne nous a pas abandonnés, ce qui se voulait un gros avantage pour les gens qui voulaient découvrir Phobophilic ou tout simplement confirmer que cette formation américaine se veuille punitive.

Comme de raison, le groupe a capitalisé sur leur premier album. De voir les trois pouilles se brasser la caboche, cela donnait un effet totalement affolant pour Phobophilic, surtout sur des pièces comme The Illusion of Self, Those Which Stare Back et Nauseating Despair. Si vous doutiez de la puissance de Phobophilic, il y avait file au comptoir de merch par la suite. J’ai même vu un gars acheter le vinyle, le CD, un t-shirt et une patch au batteur du groupe, à la fin de la soirée. Un 100$ bien investi!

Quand Necrot est monté sur scène, la foule était déjà bien réchauffée. Malgré la petitesse des lieux, nous avons eu droit à un pit plutôt participatif, des bières renversées, des canettes volantes et même un gars déguisé en lapin à paillettes. C’était probablement un futur marié en train de vivre son enterrement de vie de garçon qui a décidé de venir tout de même au show ou qui s’est retrouvé au Piranha, par hasard, en passant juste devant.

Après avoir enligné Cut the Cord, Lifeless Birth et Superior, ce trio qu’est Necrot semblait vraiment apprécier sa soirée. Malgré des personnalités métalliques à nourrir, les membres du groupe se voulaient souriants face à l’accueil montréalais et surtout, cette salle pleine et humide. À la basse et au chant, Luca Indrio a essayé son français avec les classiques que sont merci et poutine, tout en nous rappelant que nous ne devons avoir que deux semaines d’été ici et d’en profiter. Étant donné que la flotte se voulait présente et que leur dernière présence remontait au mois de février avec Municipal Waste au cœur d’un hiver pas si féroce, c’était son constat face à notre température un brin particulière.

C’est certain qu’avec une seule guitare, on perd en intensité lorsque Sonny Reindhart exécute un solo. Même si les percussions et la basse comblent l’espace, on sent qu’un ajout à ce niveau serait intéressant mais en même temps, avec la qualité des interprétations de Stench of Decay, Your Hell et ma préférée du lot qu’est The Blade, on passe facilement à autre chose.   

Comme je le disais dans un billet précédent, j’ai l’impression que Necrot propose un death metal d’aréna. Et le groupe le sait et le sent, les membres sont au courant et ce nouvel album qu’est Lifeless Birth déborde d’hymnes death métalliques qui se veulent de gros vers d’oreille. Luca Indrio a demandé : « Quelle chanson voulez-vous maintenant? » Sans hésitation, les gens présents ont hurlé Drill the Skull, qui se veut maintenant leur Hammer Smashed Face, dans le sens qu’elle demeure leur gros morceau de viande dégoulinant et délectable!

Finalement, Necrot a proposé Winds of Hell et Dead Memories avant de partir pour mieux revenir, le temps d’une dernière chanson. Par contre, étant donné que Chad Gailey était accroupi derrière le gear de Luca Indrio lors de cette pause, il a dû accrocher un truc car lorsque le groupe est revenu pour offrir Sinister Will en guise de rappel, rien ne fonctionnait à la basse. Après quelques recherches fructueuses, le groupe a pu terminer la pièce et repartir, triomphant.

Après cette soirée, je me suis dit que le Piranha avait beaucoup à offrir et je compte m’y rendre le plus souvent possible. Et il faut croire que le mot se passe chez les promoteurs locaux qui bookent de plus en plus au Piranha qui se veut un endroit convivial avec une sonorité de haut niveau, et qui propose un staff patient et souriant.

Et ça, ça peut faire la différence sur ta soirée et surtout, sur le tip que tu vas laisser…   

Photos : Martin Desbois