Je tape cette série de mots le matin du dimanche 16 juin, journée de la fête des Pères. Étant papa d’un beau duo d’ados, il faudrait plutôt que je te dise Fête des Darons, cette nouvelle appellation qui, le plus sérieusement, commence à me taper grandement sur les schnolles. C’est que la prolifération de Youtubeurs français au vocabulaire particulier et à l’accent quelconque fait que nos enfants y sont grandement exposés, ou se mettent tout simplement à imiter leurs connaissances et/ou amis qui parlent ainsi.

À l’adolescence, nous agissons bien souvent par imitation des pairs. Nous voulons être acceptés par le groupe, être aussi cool que les plus cools et démontrer que nous aussi, nous connaissons les références du moment. Et dans le domaine musical, c’est aussi la même chose. De nombreux musiciens ne se gênent pas pour citer leurs influences. Parfois, le tout est évident mais à d’autres reprises, c’est plus difficile.

Je suis un amateur de death metal depuis des décennies et lorsque j’entends de nouvelles formations qui semblent fortement influencés par de nombreux groupes de l’époque qui pourraient être leurs propres «darons», je n’en suis que reconnaissant. Je sens qu’une relève existe et que les racines sont encore bien solides, bien ancrées dans le sol humide.

Dernièrement, j’ai été grandement séduit par Frozen Soul, Tribal Gaze et Stabbing. Depuis une couple de jours, je me vautre amplement dans la sonorité de 200 Stab Wounds, le nouveau buzz band chez Metal Blade Records. Ce nom n’a pas fini de popper partout, déjà que le groupe se retrouvera sur une panoplie de tournées en 2024-2025, vous devez vous acclimater à leur son car vous n’avez pas terminé de les voir sur scène. Oh que non…

Grandement influencé par Skinless, Cannibal Corpse et Jungle Rot, 200 Stab Wounds propose un visuel brutal sur une musique brutale mais qui accroche l’auditeur de death metal par le lobe de l’oreille. Effectivement, avec ses 29 (tout comme Reign in Blood de Slayer) minutes, leur nouvel album Manual Manic Procedures est plutôt addictif. Il se prend bien et possède cette facilité d’être rejoué à quelques reprises, nous laissant avec un sentiment de découvertes à chaque écoute.

Et ça, j’aime ça!

Même si la brutalité est la grande force de 200 Stab Wounds, ce groupe américain a fait comme Frozen Soul sur leur dernier album et a ajouté quelques passages qui servent de pont entre les chansons, ce qui propose un sentiment d’apaisement entre chaque tapoche. L’introduction face à Manual Manic Procedures se fait avec une guitare acoustique qui laisse une mélodie plutôt mystérieuse t’emplir les oreilles. Quelques scintillements de clavier viennent s’immiscer, jusqu’à ce que le hit hat apparaisse pour contester le territoire, libérant le reste des instruments de leur sommeil.

Ensuite, barrage sonore qui s’ouvre avec un Yiahh! bien feulé par Steve Buhl et ensuite, un riff bien béant laisse place à celle qui se nomme Hands of Eternity, pièce initiale de cette production qui se veut déjà riche en matière et le groupe ajoute un gros riff très Carcassien vers les deux tiers de la pièce, suivie par une basse plutôt punkée qui donne le pas de cadence.

Gross Abuse poursuit dans la tradition des doubles grosses caisses qui anéantissent, soutenues par un riff monstrueux, des leads de guitare de haut calibre et une voix juste assez caverneuse et audible. La pièce titre débute avec un effet de clavier de style « boomerang au vol » et se veut rejoint par la basse ondulante d’Ezra Cook. Morceau sanguinolent qui se veut vieille école, la voix propose quelques variantes sur celle-ci, lui donnant une ouverture aussi surprenante que de voir ton fils tondre la pelouse en ce dimanche matin, en guise de cadeau de la Fête des Pères.

C’est avec une certaine accalmie que débute Release the Stench. Comme un p’tit père qui prend son petit café du matin, c’est en douceur quoique le fait que le tout se veuille un capuccino, nous tombons dans du surfin, avec la présence d’un solo directement en ouverture. Le taux de caféine se veut agréable quoiqu’il en manque une shot. Ensuite, c’est une cacanne de Red Bull drette dans la casquette avec un amoncellement death métallique qui croustille amplement et qui offre des coups qui s’alternent, question de bien écraser la canette!

Comme je le décrivais plus haut, 200 Stab Wounds offre quelques moments de répit lors de l’écoute. La portion Led to the Chamber donne un filet de froid dans le dos avec son ambiance de films de suspense, avec un clavier, des effets qui laissent sous-entendre un courant d’air et de subtiles percussions qui laisseront place à Liquified, portion instrumentale plus métallique mais avec une certaine audace au niveau de la guitare, laissant un lead plutôt ingénieux se perdre dans une cacophonie.

Flesh From Within est ce qui fait que j’adore le groupe. Une pièce plus simple, galopante mais fichtrement bien baraquée, comme un steak sur le BBQ lors de ton souper de la Fête des Pères. Tu regardes ça griller avec délectation, canette d’IPA du Nord-Est en main, avec un sourire de satisfaction sachant que c’est ça, le bonheur.  

Avec ses lignes finales sur la guitare acoustique, on comprend que 200 Stab Wounds veut déstabiliser autant que démembrer! Dans le même ordre d’idée, Defiled Gestation propose le même type de philosophie. Avec des mesures initiales qui laissent penser à un truc plus technique, la basse minimaliste vient péter le party et on retombe avec le style viande et patates, un ragoût plutôt exquis. La galopade s’intensifie, on reprend une ligne très affutée et le carnage se poursuit. La pièce Ride the Flatline nous laisse entendre la voix de Jami Morgan de Code Orange, ajoutant un côté plus acidulé dans ce jus gastrique. Comme porte de sortie, Parricide nous laisse la virtuosité nous impressionner en guise d’entrée pour ensuite tomber dans un drain encrassé, rempli de gros chunks très croquants.

Je termine une énième écoute de cet album que je considère plutôt redoutable, étant donné qu’il réussi à atteindre ce à quoi je m’attendais face à ce buzz band. Avec l’intensité libérée par Manual Manic Procedures, je ne peux qu’avoir une certaine hâte face à leur prochaine visite car pour avoir vu le groupe deux fois en concert, je peux confirmer avoir apprécié 200 Stab Wounds sans avoir été jeté par terre. Maintenant, je connais l’album et mes attentes se veulent bien élevées face à leur prochaine visite.

Aussi élevées que mon espoir de recevoir une couple d’IPA du Nord-Est d’ici la fin de la journée, en guise de cadeau de la Fête des Pères!

Disponible le 28 juin sur Metal Blade Records.

www.facebook.com/200StabWounds

Photo : Bailey Olinger