Samedi soir, au concert d’Amon Amarth, j’ai assisté à un spectacle parallèle presque aussi intense que le set des Vikings lui-même : l’invasion des guerriers… de la cantine. Trois braves sont apparus sur le parterre, déjà bien rempli d’amateurs de la troupe de déprédateurs suédois, chacun armé non pas d’une hache en caoutchouc ou d’un casque à cornes du Dollarama, mais plutôt d’un trio redoutable! Effectivement, chacun portait, tel un Viking te faisant offrande d’un crâne vidé de l’ennemi conquis, une petite boîte contenant des hot-dogs, des frites bien chaudes et une boisson gazeuse, le tout probablement acquis au prix d’un abonnement annuel à Netflix. Une entrée en scène digne d’un raid viking sur les berges, en version casse-croûte.

Ça m’a ramené directement au Ozzfest 2005 à Hartford, où la foule ressemblait à une foire médiévale graisseuse. Chaque festivalier (des gens aucunement frugaux) marchait (avec une aisance aucunement existante) avec des burgers dégoulinants de moutarde, des hot-dogs brandis comme des torches bien ardentes et une délectable odeur de friture capable de rivaliser avec le fumet des flammes de l’enfer.

Mais aux États-Unis d’Amérique, tout en possible.

Quand le tout se passe chez nos voisins du sud, on comprend presque la logique : la culture du snack, de la malbouffe et du fastfood y est omniprésente, et les portions semblent calibrées pour affronter une tournée complète. Disons que le rapport à la malbouffe est assumé, parfois même revendiqué, voire vénéré… mais ça n’en fait pas une stratégie viable en plein champ de bataille métallique.

C’était un choc de voir (et de sentir!) tout ça mais en mode festival, on finit par comprendre, surtout que l’Ozzfest débutait vers 10h00 le matin, ce qui confirme que vers 14h00, tu te veux attiré par une cuisse de dinde frite, comme de raison!

Mais soyons clairs, et je ne démonise aucunement les grignoteurs métalliques en mode concert : avoir faim, c’est humain! Peu importe la période du jour ou de la soirée.  Mais débarquer dans un mosh pit avec un trio de roteux vapeur, poutine et Coca-Cola, c’est comme entrer dans une mêlée au hockey avec un plateau de sushis; tu sais que ça ne finira pas proprement! Le pit, c’est déjà une science appliquée quand tu tiens juste une bière dans ta main. Ajouter un hot-dog, et ça te transforme ça en expérience de haute voltige.

Parce que oui, la moutarde jaune baseball, ça ne pardonne pas. Une seconde d’inattention, et voilà un brasseux de tête qui repart avec une traînée jaune dans les cheveux, comme s’il venait de survivre à un food fight à la cafétéria dans une polyvalente. Et tes frites? Elles ne t’appartiennent plus! Elles deviennent des projectiles balistiques (imbibés de ketchup) destinés à décorer les bottes en fourrure de loup marin d’un viking en cosplay, deux rangées plus loin.

Le contraste est magnifique, quand on y pense. Imagine une dame de la haute arriver à l’opéra avec un gigot d’agneau pendant Le Barbier de Séville, ou un amateur de fondue suisse, baguette de pain sous le bras, tentant de rejoindre sa place pendant un concert d’Andrea Bocelli.

Absurde? Oui… mais étrangement, dans un show metal, certains y voient une stratégie viable.

Et que dire de ces moments où la gravité reprend ses droits : une pointe de pizza pépé-from’ qui décolle en plein circle pit pour atterrir avec précision dans le capuchon d’une spectatrice en pleine tempête capillaire pendant que Dimmu Borgir se démène sur Spellbound (By the Devil). Une offrande involontaire aux dieux du chaos… et du pepperoni.

Le sommet du drame reste toutefois le sandwich mayonnaise. Fragile, traître, mais surtout, instable. Il suffit d’un impact mal calculé pendant Twilight of the Thunder God pour qu’il explose comme une grenade culinaire, repeignant un hoodie flambant neuf en version salade de poulet apocalyptique. Une œuvre abstraite sur ce chandail à capuche, mais difficile à porter après.

Je le confirme, avoir faim, c’est normal. Très même! Mais laisser derrière soi une traînée d’odeur de friture dans un mosh pit, c’est une autre histoire mais surtout une mésaventure nauséabonde. Le métal, c’est la sueur, la bière renversée et les décibels… pas nécessairement la cantine du coin en mode friteuse métalloïde.

Mange avant, hydrate-toi après, et garde le pit libre de toute offensive… graisseuse!

*Nomine metalli, sed sine odore fricti