Frozen Soul est l’une des belles découvertes dans le death metal. Avec son alliage de modernité subtile avec une sonorité classique qui nous rappelle Bolt Thrower, le groupe a été capable de réunir de nombreux amateurs du genre, de toutes les couches d’âge. Avec des tournées majeures sous la ceinture, en plus de deux excellents albums, voilà que le groupe du Texas s’apprête à proposer leur troisième production, No Place of Warmth. J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le chanteur Chad Green, juste avant son départ pour la tournée alors que son groupe ouvre pour Fleshgod Apocalypse, en Amérique du Nord. Entretien avec Chad Green, chanteur chez Frozen Soul.  

Votre visibilité a vraiment explosé lors du showcase virtuel organisé par Century Media Records pendant la pandémie. Quels souvenirs gardez-vous de cette période étrange où tout est passé de la scène au monde numérique?

Wrecking Ball Metal Madness, c’est quelque chose sur lequel nous, dans le groupe, avec nos amis Tanner et Dave, on a travaillé vraiment fort! Century Media nous a aidés en nous permettant de le diffuser sur leur compte YouTube, et c’était vraiment un moment extraordinaire. Pour nous, il fallait juste continuer d’avancer malgré toute l’incertitude dans le monde. C’était vraiment une période bizarre dans l’histoire. Beaucoup de souvenirs d’avoir eu peur et de se sentir impuissants, ça c’est sûr!

Est-ce que cette visibilité en ligne « forcée » a changé votre manière de développer le groupe?

Pas vraiment. On poussait déjà sur Internet et notre présence en ligne depuis le début de Frozen Soul, donc on a simplement continué sur cette lancée.

Vous faites partie des rares groupes metal à dénoncer publiquement les actions de l’ICE, aux côtés d’un groupe comme Lamb of God, et aussi GWAR. Est-ce que cette prise de position vous a apporté autant de soutien que de critiques?

Ça a clairement fait sortir pas mal d’imbéciles pour donner leur opinion, mais ça ne nous a pas dérangés parce qu’on assumait notre position. On a beaucoup d’amis et de membres de nos familles qui ont été affectés par ce qui se passe aux États-Unis, donc ça ne nous dérange pas de perdre des fans s’ils ont un problème avec ce qu’on a dit.

Est-ce important pour vous d’utiliser votre plateforme pour aborder des enjeux sociaux, même si cela peut diviser votre public?

Oui, si c’est nécessaire.

Votre tournée en première partie d’Amon Amarth vous a exposés à un public immense. Quels ont été les principaux bénéfices de cette expérience, autant sur le plan artistique que professionnel?

Je dirais apprendre à être un band sur de plus grosses scènes, quoi faire et comment le faire. C’était aussi cool de voir comment fonctionnent les décors de scène et d’en apprendre plus sur l’industrie. On est vraiment reconnaissants pour cette opportunité. Ça nous a montré beaucoup de choses, on ne se voyait pas vraiment comme un groupe qui aurait accès à ce genre d’expérience!

Avez-vous remarqué un changement dans votre public ou dans la manière dont votre musique était reçue après cette tournée?

Oui, on a clairement gagné beaucoup de fans grâce à cette tournée, et on l’a remarqué presque immédiatement en repartant sur la route. Même aujourd’hui, il y a encore plein de gens qui viennent nous voir pour nous dire qu’ils nous ont vus sur cette tournée!

Amon Amarth est reconnu pour ses productions scéniques spectaculaires, notamment avec le fameux « kraken » que Johan Hegg combat vers la fin du spectacle avec son Mjolnir. Avez-vous déjà envisagé d’intégrer des éléments visuels ou des créatures dans vos propres spectacles?

Oui, en fait, on y pensait depuis longtemps. On utilise déjà une machine à neige sur nos tournées en tête d’affiche depuis le début, mais après cette tournée, j’ai commencé à concevoir et fabriquer des décors. J’ai commencé avec de petits squelettes gelés, puis j’ai évolué vers de gros squelettes gelés montés sur d’énormes pieux, complètement démontables et adaptés à la tournée.

La pochette de votre nouvel album présente une créature à cinq têtes. Est-ce une représentation des membres du groupe ou un autre symbole?

Oui, en fait, les cinq têtes, c’était l’idée de James Bousema. Tu as visé juste haha!

Sur ce nouvel album, les chansons semblent plus concises, mais chacune possède un moment fort. Était-ce une approche volontaire dans l’écriture?

On voulait vraiment que les chansons aillent droit au but et soient plus mémorables en restant courtes et efficaces, en coupant tout ce qui était superflu.

Cherchiez-vous à rendre les morceaux plus efficaces en spectacle?

Oui, c’était complètement l’idée derrière cet album. On entend souvent « il faut absolument voir ce groupe en spectacle! », donc on a voulu que le disque se rapproche le plus possible de notre son explosif sur scène.

La chanson Chaos Will Reign semble taillée pour la scène. Écrivez-vous parfois des morceaux en pensant spécifiquement à leur impact en concert?

On pense toujours à l’impact concert quand on écrit, mais sur cet album, on a vraiment poussé ça encore plus. Cette chanson en particulier, on a vraiment voulu aller chercher un gros son!

Peut-on considérer No Place of Warmth comme un album concept? Si oui, les invités jouent-ils des rôles précis dans une narration?

Ce n’est pas un album concept à part entière, mais il y a un thème car toutes les chansons parlent de combats contre la dépression et d’émancipation personnelle.

Comment la collaboration avec Gerard Way de My Chemical Romance est-elle née? C’est un choix inattendu dans votre style.

On a rencontré Gerard il y a quelques années et on est restés en contact. Je lui ai écrit pour voir s’il serait partant. Je n’étais même pas totalement sérieux parce que je pensais qu’il était trop occupé, mais je me suis trompé. Il a accepté, il était vraiment intéressé, et il a tout fait gratuitement, juste par amour pour le projet et pour faire quelque chose de différent. Il est génial!

La présence de Robb Flynn est créditée comme étant Machine Head. Pourquoi ce choix plutôt que de le nommer individuellement?

Pour que ça soit lié aux plateformes de streaming de Machine Head.

Le morceau qu’est Eyes of Despair commence immédiatement avec le titre dans les paroles et ça, c’est très old school. Est-ce un clin d’œil volontaire au death metal des débuts?

Presque tout ce qu’on fait est un clin d’œil à la vieille école, c’est la raison pour laquelle on a voulu jouer du metal. Donc oui haha!

Des morceaux comme Absolute Zero et Skinned by the Wind sont très courts. L’idée était-elle de frapper vite et fort?

Oui, on cherchait à ajouter des morceaux rapides et percutants. Ces parties venaient en fait d’autres chansons plus longues, et on s’est dit : pourquoi ne pas garder juste les meilleurs moments et en faire des morceaux courts haha!

À l’inverse, Ethereal Dreams mise sur la vitesse, tandis que Deathweaver est beaucoup plus lourd et oppressant. Vouliez-vous un équilibre précis entre ces dynamiques?

On voulait cocher toutes les cases avec cet album, vraiment. Offrir un peu de tout. La chanson Ethereal Dreams est d’ailleurs l’une de mes préférées!

La chansons Killin Time (Until It’s Time to Kill) se démarque par ses transitions et ses ponts. Est-ce une pièce plus expérimentale pour vous?

Totalement. On avait ces riffs et Michael (Munday, guitariste) les adorait. Moi aussi, je les aimais bien, mais j’étais moins convaincu parce que ça sonnait trop «joyeux» à mon goût et pas assez épique ou puissant. Mais après, je me suis dit que cet album, c’était aussi du plaisir. Donc j’ai assumé le côté accrocheur. J’avais des paroles écrites pour une chanson drôle, genre death metal/country, et ça s’est parfaitement imbriqué. On l’a donc écrite comme une vieille chanson rock ou country!

Ensuite, la chanson Dreadnought possède une atmosphère particulièrement dense et étouffante. Comment la collaboration avec Devin Swank de Sanguisugabogg s’est-elle faite?

C’est une des plus vieilles idées qu’on avait pour cet album. Elle est passée par plusieurs versions, mais une fois finalisée en studio avec les voix, on a su que c’était une des meilleures. Devin est un bon ami, on se connaît depuis les débuts de nos groupes. Je voulais collaborer avec lui depuis longtemps, mais on n’avait jamais eu une chanson assez lourde pour lui. Avec Dreadnought, c’était le bon moment.

On a récemment vu Blood Incantation en tournée avec Emperor, une combinaison de groupes qui permet de mélanger death et black metal. Pour vous, quel serait le jumelage idéal avec un groupe de black metal? Personnellement, je vous verrais bien avec Immortal, quoique ça ne tourne pas beaucoup comme entité. Qu’en pensez-vous?

Je suis d’accord !! Je dirais aussi qu’on irait bien avec un groupe comme Behemoth, et Immortal!

Quels sont vos plans de tournée pour soutenir cet album? Peut-on s’attendre à une forte présence en Amérique du Nord ou en Europe?

Il va y avoir beaucoup de tournées. On a une autre tournée américaine prévue plus tard cet hiver, puis plusieurs autres en Europe et aux États-Unis l’année prochaine.

Préparez-vous quelque chose de spécial pour cette nouvelle ère sur scène?

De nouveaux décors et une toute nouvelle série de trucs visuels!

Merci Chad!

Merci Yanick! On sera bientôt chez vous, avec Fleshgod Apocalypse!

L’album No Place of Warmth sera disponible le 8 mai sur Century Media Records et l’arrêt montréalais de la tournée est lors du lundi 18 mai au Théâtre Beanfield. Et c’est ICI pour des billets!

www.facebook.com/frozensoultx/

Photo: K.Russell