De manière générale, vous venez sur ArsMediaQc pour lire des trucs sur du metal extrême, disons. Mais de mon côté, je ne suis pas entièrement constitué de metal pur et dur. Parfois, j’aime bien me vautrer les oreilles dans des œuvres plus apaisantes, plus vaporeuses. En revenant de mes vacances en Espagne (stie qui faisait chaud là-bas…) j’avais le nouvel album de Polymoon qui m’attendait. Avec sa couverture très « artsy », je me demandais s’il n’y avait pas erreur sur la personne. Par contre, en feuilletant le communiqué de presse, j’ai bien vu le logo de Vesperian mais surtout, celui de Metal Blade. J’ai fait mes devoirs, j’ai écouté, j’ai apprécié et demandé une entrevue immédiatement, juste avant de retourner au travail. Entrevue avec Kalle-Erik Kosonen et Jesse Jaksola de Polymoon.
Bonjour! Je m’appelle Yanick et je suis derrière ArsMediaQc, un média/blogue métallique basé au Québec. Nous couvrons principalement le death metal, le black metal et le thrash, mais certains albums réussissent à nous sortir complètement de notre zone de confort. Le vôtre en fait définitivement partie.
KEK et JJ : Salut Yanick! Nous sommes Kalle-Erik Kosonen, chanteur-claviériste et Jesse Jaksola, claviers et guitares. Nous sommes vraiment heureux que l’album t’ait plu, surtout en sachant d’où tu viens musicalement. C’est un honneur pour nous.
Dès ma première écoute de la chanson I End You Begin, j’ai immédiatement pensé à King Buffalo. Puis, à mesure que l’album avançait, une autre référence devenait de plus en plus évidente, particulièrement à cause de la voix de Kalle-Erik : Super Furry Animals. J’entends également quelque chose qui me rappelle Papadosio. Ces comparaisons vous surprennent-elles? Et surtout, quelles influences ont réellement façonné le son de Polymoon?
KEK : C’est toujours intéressant de savoir à quels groupes les auditeurs associent notre musique. Ce sont trois références plutôt inattendues pour nous, mais nous pouvons certainement entendre des éléments qui pourraient rapprocher notre musique de chacun d’eux.
JJ : Nos principales influences pour cet album qu’est Mariposa Magic! viennent probablement de la musique alternative du milieu des années 1990 jusqu’au début des années 2000. Nous sommes très éclectiques dans nos goûts musicaux et chacun de nous a ses propres favoris, qu’on peut retrouver dans notre musique lorsqu’on creuse un peu. Pour en nommer quelques-uns, nous aimons Soundgarden, Mew, The Mars Volta, Stone Temple Pilots et Deafheaven. Mais nous ne cherchons surtout pas à imiter ces groupes ou leur son.
KEK : Nous sommes aussi passionnés par le matériel musical : les pédales d’effets, les synthétiseurs et, par exemple, le fait d’essayer de créer avec une guitare quelque chose qui ne sonne pas comme une guitare. Ce genre d’expérimentation nous inspire énormément.
Commençons par le début. Comment Polymoon s’est-il formé et qu’est-ce qui vous a initialement réunis autour de cette vision musicale particulière?
KEK : Jesse et moi nous sommes rencontrés pour la première fois au Uleåborg Festival of Psychedelia, en 2016, bien avant de faire de la musique ensemble. Nous avons vu d’excellents spectacles et passé un moment formidable. Une complicité ainsi qu’un respect mutuel se sont immédiatement installés entre nous. Polymoon s’est formé en 2018 sans claviériste et le groupe en cherchait un. Les bons moments que Jesse et moi avions vécus au festival lui sont revenus en tête, alors il a décidé de tenter sa chance avec moi. Environ six mois plus tard, lorsqu’il m’a proposé de joindre le groupe et de faire de la musique ensemble, la décision était évidente. À l’origine, nous devions être un groupe instrumental. Mais voyez où cela nous a menés!
Mariposa Magic! donne l’impression d’être le fruit d’un groupe qui possède une identité très forte. Aviez-vous déjà une direction sonore précise au moment d’entreprendre l’album ou cette identité s’est-elle développée naturellement au fil de la composition?
JJ : Les seules balises que nous nous étions données au début de Mariposa Magic! étaient de créer un album de musique psychédélique lourde avec quelques échos de pop. C’était dans la continuité de ce que nous avions fait sur nos deux albums précédents, mais avec une approche davantage axée sur les chansons. C’était essentiellement tout. Certains moments ont marqué un tournant durant le processus. L’un d’eux a été le son de guitare dans le couplet de la pièce d’ouverture, Ultra Bloom. Un autre est survenu lorsque notre producteur, Juho Vanhanen, nous a présenté son concept de production pour l’album. Il y en a certainement eu d’autres, mais ce sont les premiers qui me viennent à l’esprit lorsque je repense au processus.
La voix de Kalle-Erik est probablement l’un des éléments les plus distinctifs de Polymoon. Elle possède une qualité très particulière, presque flottante, et devient parfois un véritable instrument atmosphérique. Comment abordez-vous les lignes vocales et quel rôle souhaitez-vous leur donner dans vos compositions?
JJ : Elle a certainement évolué au fil de notre parcours. Sur notre premier album, Caterpillars of Creation, la voix était beaucoup plus traitée comme un instrument parmi les autres. Nous devions initialement être un groupe instrumental, mais seulement une semaine avant d’entrer en studio, nous avons décidé d’ajouter des voix. Sur le deuxième album, Chrysalis, nous avons davantage développé cette idée dans la direction que nous voulions donner à notre musique. Maintenant, avec cette approche davantage axée sur les chansons, les voix occupent une place encore plus importante et constituent clairement l’un des éléments centraux de notre musique.
Les claviers jouent également un rôle majeur tout au long de l’album. Ils ne sont jamais simplement décoratifs : ils accentuent l’atmosphère, ajoutent de la profondeur et modifient parfois complètement la perception d’un riff. Comment établissez-vous l’équilibre entre les guitares et les claviers lors de la composition?
KEK : Il existe énormément de façons d’établir cet équilibre entre les guitares et les synthétiseurs, surtout lorsque les guitares elles-mêmes peuvent prendre une sonorité de synthétiseur. C’est devenu une sorte de signature chez nous, notamment lorsqu’on double les principales guitares mélodiques avec un synthétiseur Moog. Il devient alors presque impossible de savoir lequel est lequel. Juho (Vanhanen, producteur de l’album et membre de Oranssi Pazuzu) était celui qui avait le dernier mot lorsqu’il fallait déterminer quelles couches étaient importantes et quelle place elles devaient occuper dans le mix.
Sur Velvet Rain, les claviers m’ont immédiatement fait penser à Amorphis, particulièrement dans leur façon d’ajouter une dimension mélodique supplémentaire à la pièce. J’entends une approche semblable sur Lost in Sound, Found in Colour. Amorphis fait-il partie de vos influences ou est-ce simplement une comparaison à laquelle vous n’aviez jamais pensé?
KEK : Pour être honnêtes, c’est une comparaison à laquelle nous n’avions jamais pensé.
Lost in Sound, Found in Colour possède une dynamique rythmique particulièrement efficace. Comment avez-vous construit le mouvement de cette pièce? Le rythme est-il venu en premier ou était-ce la mélodie?
JJ : Nous voulions écrire une chanson qui contienne des éléments aussi efficaces que possible, mais qui donne également envie de bouger. Nous avons donc commencé avec le rythme de la batterie, puis nous avons construit le riff qui donne envie de « headbanger » par-dessus.
Welcome to Another Dimension est probablement l’un des moments les plus lourds, dans le sens de « puissant », de l’album. Était-il important pour vous d’avoir une pièce capable de faire contrepoids aux passages plus psychédéliques et atmosphériques?
JJ : Dans cette chanson, nous avons aussi une section où Polymoon, donc le groupe, est réduit à sa plus simple expression. Il y a donc effectivement un contraste avec les passages plus lourds. C’est une pièce qui représente assez bien tout ce que nous sommes.
Glass House, Mortal Rooms poursuit cette exploration avec une approche plus aérée, mais comporte une ligne de guitare particulièrement tranchante. Comment déterminez-vous jusqu’où pousser la lourdeur avant de revenir vers votre côté plus atmosphérique?
KEK : Cela vient naturellement. Nous aimons ces riffs lourds et pousser les choses jusqu’à la limite, jouer avec les dynamiques et amener l’auditeur vers différentes atmosphères, différents mondes, pourrait-on dire. C’est un élément central de notre musique depuis le premier jour et une composante essentielle du son de Polymoon.
Harvest of Stars possède probablement le refrain le plus accrocheur de l’album. Saviez-vous dès le départ que cette pièce allait conclure le disque? Était-ce une décision consciente de terminer l’album avec une mélodie aussi mémorable?
JJ : Lorsque nous travaillions sur Harvest of Stars, nous savions que cette pièce allait clore l’album, mais aussi mettre un terme à la trilogie. Elle possède un sentiment d’adieu. C’était également une sorte de « magnum opus » pour nous. Nous avons essayé énormément de versions et d’approches différentes avant d’arriver au résultat final.
Vous avez travaillé avec un membre d’Oranssi Pazuzu, Juho Vanhanen, à la production de cet album, un groupe que nos lecteurs apprécient énormément. La production est extrêmement précise sans enlever le caractère organique et psychédélique de votre musique. Quelle importance son apport a-t-il eue dans la création de l’album?
JJ : La contribution de Juho Vanhanen a été extrêmement importante. Sa façon de travailler et de collaborer avec nous correspondait parfaitement à ce dont nous avions besoin. Il avait déjà travaillé sur notre premier album et, lorsque nous avons commencé à réfléchir à la production de Mariposa Magic!, son nom est immédiatement revenu. Son expérience du côté plus étrange de la création musicale, ainsi que sa polyvalence, correspondaient exactement à ce que cet album nécessitait. Il a parfaitement compris le concept et y a ajouté sa propre vision, ce qui a finalement permis à l’album de devenir ce que nous voulions.

La pochette de Mariposa Magic! m’a immédiatement fait penser à David Bowie, particulièrement par son esthétique étrange et théâtrale. L’image est signée Elizaveta Porodina. Aviez-vous déjà cette image en tête? Lui avez-vous demandé de créer quelque chose spécifiquement pour l’album ou avez-vous découvert cette photographie en parcourant son catalogue?
KEK : Nous sommes tous les deux de grands admirateurs du travail d’Elizaveta. Il y a quelques années, nous sommes allés voir ses expositions à Stockholm et à Tallinn et nous avons été complètement emballés par son travail. Lorsque nous avons commencé à réfléchir à la pochette de l’album, nous avons parcouru son catalogue et décidé de lui écrire pour lui demander si elle aimerait participer au projet. Nous lui avons envoyé quelques images de référence provenant de travaux qu’elle avait déjà réalisés. Elle nous a répondu que l’une de ces photographies était disponible. Nous avons tellement aimé cette photo, celle que vous voyez sur la pochette, que nous avons décidé de l’utiliser plutôt que de lui demander de créer quelque chose spécifiquement pour l’album. Elle représente parfaitement l’esprit du disque.
Votre musique possède suffisamment de couches et de nuances pour rejoindre autant les amateurs de rock psychédélique que de metal progressif ou de musique expérimentale. Est-ce une ouverture que vous recherchez consciemment ou écrivez-vous simplement votre musique sans vous soucier des frontières entre les genres?
JJ : Les frontières entre les genres sont la dernière chose dont nous nous préoccupons. Nous faisons simplement ce que nous aimons et ce qui vient naturellement. Il n’y a aucun secret ni aucune recette. C’est simplement nous, dans notre forme la plus pure.
Mariposa Magic! donne l’impression de se révéler davantage à chaque écoute, alors que différents détails apparaissent progressivement. Est-ce quelque chose que vous recherchez consciemment lorsque vous composez?
JJ : Nous sommes évidemment heureux que Mariposa Magic! révèle davantage de lui-même à chaque écoute. Ce n’est pas la musique la plus facile à assimiler, mais comme nous l’avons dit plus tôt, c’est simplement la forme d’art qui vient naturellement de nous. Nous n’essayons pas consciemment de créer quelque chose d’une manière précise. En tant que créateurs de cette musique, les « éléments cachés » nous semblent évidents. Ces différentes couches sont soigneusement composées pour soutenir l’univers musical que nous créons, mais elles ne sont pas volontairement dissimulées.
Maintenant que l’album arrive en Amérique du Nord, êtes-vous satisfaits du travail accompli par Metal Blade Records pour faire connaître Polymoon de ce côté-ci de l’Atlantique?
KEK : Nous sommes vraiment emballés par le travail accompli par Vesperian et Metal Blade pour nous. Avec nos albums précédents, nous nous étions davantage concentrés sur le marché européen et n’avions pas vraiment réfléchi aux possibilités de l’autre côté de l’Atlantique. Nous espérons simplement trouver de nouveaux amis qui apprécieront ce type de musique grâce à ce nouvel album.
Prévoyez-vous une tournée nord-américaine? Montréal est évidemment l’une des villes où nous aimerions vous voir passer.
JJ : Seul l’avenir nous le dira.
Comme amateur de metal extrême, je ne m’attendais pas à être autant captivé par un album comme celui-ci. À mon avis, ce disque possède un sérieux potentiel pour se retrouver sur plusieurs listes des meilleurs albums de 2026. Maintenant que l’album est sorti, êtes-vous satisfaits du résultat final ou y a-t-il encore des choses que vous auriez aimé pousser davantage?
KEK : Merci beaucoup pour ces bons mots. Mariposa Magic! est une création qui appartient à son époque, à notre époque, à nos vies, à nos expériences et à tout ce que nous avons vécu pendant sa création. Nous n’avons aucun regret. Nous avons donné tout ce que nous avions à ce moment-là et nous sommes heureux du résultat.
Et finalement, après cet album, quelle sera la prochaine dimension que Polymoon aimerait explorer?
JJ : Donnez-nous une chance! L’album vient tout juste de sortir! Haha! Plus sérieusement, c’est difficile à dire pour le moment. Pour l’instant, nous nous concentrons sur les prochains spectacles, ce qui se veut la meilleure partie de l’expérience d’être dans un groupe.
Merci beaucoup pour votre temps. Mariposa Magic! a été une véritable découverte pour moi et j’espère que cette entrevue incitera certains de nos lecteurs à sortir eux aussi de leur zone de confort pour découvrir Polymoon.
Kalle-Erik Kosonen et Jesse Jaksola : Merci à toi! Nous espérons pouvoir vous voir à Montréal très bientôt.
L’album Mariposa Magic! Sera lancé le 4 septembre sur Vesperian/Metal Blade Records.
Photo : Paulie Moore