Lorsque j’ai découvert Finsterforst, le concept était simple et limpide : une bande de bûcherons perdus au cœur de la Forêt-Noire. En voyant la pochette de Still, j’ai toutefois eu l’impression que le groupe avait troqué la hache pour le colt avec une couple de boites de munitions. Est-ce qu’on parle maintenant d’un cowboy solitaire égaré dans les bois? Une chose est certaine : le chapeau de Lucky Luke a remplacé le casque viking et/ou la tuque du draveur.
J’ai toujours apprécié cette formation, exception faite de #YOLO, dont le côté un peu trop cabotin m’avait laissé sur ma faim. Ici, les envolées vocales héroïques, pompeuses et triomphales sont utilisées mais avec beaucoup plus de retenue. Finsterforst préfère dégainer sa technique plutôt que d’arroser à coups de refrains grandiloquents. Le résultat est plus mature, plus maîtrisé. Musicalement, le groupe demeure progressif, atmosphérique et profondément folk, avec ces couleurs du Nord qui ont fait sa réputation… même si les Vikings semblent maintenant porter des santiags et deux six-coups à la ceinture.
Still (qui signifie « silencieux » en allemand) s’ouvre avec Obduktion. Une introduction feutrée, une voix qui semble arriver de l’horizon, un grondement de guitare, quelques coups de semonce… puis le groupe appuie sur la détente. La pièce devient massive, cadencée, portée par une foule de couches instrumentales qui s’imbriquent avec précision.
On retrouve ensuite tout ce qui fait la signature de Finsterforst : alternance entre voix semi-gutturales et chœurs épiques, progression sombre et arrangements d’une richesse impressionnante. Herbstwanderung enchaîne avec des claviers célestes, des voix angéliques et une cadence entraînante qui évoque parfois Rammstein. La pièce alterne entre passages contemplatifs, narration presque théâtrale et poussées héroïques qui donnent naturellement envie de lever le poing.
Les guitares montrent davantage les dents sur Knie nieder, dont les riffs acérés contrastent avec des passages beaucoup plus aériens. Une basse ronde vient même soutenir une complainte vocale avant que le morceau ne reprenne toute sa vigueur. Puis arrive Im Wind, qui conserve les accents vikings caractéristiques du groupe malgré son nouveau look de cowboy. Sa première portion balance presque comme une valse avant qu’une longue section acoustique, très cinématographique, ne nous transporte autour d’un feu de camp. Habituellement, j’y imaginerais des guerriers nordiques… mais avec cette nouvelle esthétique, ce sont plutôt des cowboys qui chiquent leur tabac en surveillant l’horizon.
Stille Nacht remet des balles dans le barillet. Solide et imposante, la pièce repose sur une guitare très ouverte et un chant plus rageur avant de ralentir le rythme au milieu. Cette accalmie coule doucement, comme une rivière où quelques chercheurs d’or tamisent patiemment le sable dans l’espoir d’y trouver une pépite après une longue journée au soleil tapant.

L’introduction acoustique de Fels change complètement le décor. On s’imagine les chevaux attachés près d’une crique pendant que le ragoût mijote dans la marmite. Assis sur un énorme rocher (Fels signifie justement rocher) un musicien gratte sa guitare pendant qu’une voix rocailleuse entonne une complainte qui rappelle les grands espaces.
Finsterforst conclut son matériel original avec Leere, une composition plus hachurée, portée par une rythmique cassante que des nappes de claviers viennent constamment souder ensemble.
Le groupe se permet également deux reprises, un choix plutôt audacieux lorsqu’on possède déjà un répertoire aussi solide. Beyond the North Wave d’Immortal est admirablement adaptée à l’univers de Finsterforst, tandis que Another Brick in the Wall de Pink Floyd est complètement déconstruite avant d’être reconstruite à leur image, jusque dans sa structure.
Que ce virage visuel vers le Far West soit réel ou simplement esthétique, il ne détourne jamais l’attention de l’essentiel : Finsterforst demeure fidèle à sa personnalité musicale. Still offre encore ce mélange d’épique, de folk et de progressif qui donne envie de partager une chope de bière bien mousseuse autour d’un feu en hurlant à la lune.
La seule différence, c’est qu’au lieu d’enfiler une cotte de mailles ou une chemise de bûcheron… j’ai soudainement le goût de sortir mes bottes Boulet et de prendre la route vers le Festival Western de Saint-Tite.
Disponible le 31 juillet sur AOP Records.
www.facebook.com/FinsterforstOfficial
Photo : Oliver König
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