Comme de raison, la folie du hockey s’empare du Québec. Plus de 30 années sans coupe Stanley, l’absence des Nordiques (du moins, pour moi) et des années sans faire les séries, ça t’use un amateur de ce sport qui se déroule sur la glace. C’est l’excitation et ce partout mais tu réalises rapidement que le concert auquel tu t’apprêtes à assister tombe exactement pendant le premier affrontement entre les Sabres de Buffalo et le Canadien de Montréal. Ouch… Les séries éliminatoires, c’est une drogue plutôt légale : impossible d’ignorer ça. Direction, la microbrasserie Dieu du Ciel afin d’engloutir une pinte bien froide tout en regardant la première période, avant de me rendre au Fairmount pour la venue de Corrosion of Conformity.

Résultat : j’ai manqué le premier groupe de la soirée, Urruburru (si c’est bel et bien comme ça que ça s’écrit) mais j’ai au moins eu droit aux premiers buts des Sabres ainsi qu’à celui du Canadien. Un échange équitable, j’imagine.

J’arrive donc au Fairmount après quelques pintes (finalement) et avec le sentiment très clair que le CH allait se faire ramasser solide, juste à temps pour voir Whores. Oui, le groupe traîne toujours cette appellation qui fait sourciller certaines personnes, mais musicalement, leur mélange de punk métallique graisseux évoque autant les Melvins que Torche sous amphétamines. Le trio a livré une prestation solide, directe et particulièrement efficace. Christian Lembach, à la guitare et au chant, était aussi intense dans sa présence que dans sa façon de mâcher sa gomme à une vitesse industrielle.

Pour ceux qui espéraient entendre le côté punk des premières années de Corrosion of Conformity, il fallait ajuster ses attentes et ce, depuis longtemps. Ça fait maintenant plus de trente ans que COC est devenu un groupe de stoner metal, et depuis le dernier album, on sent même une approche beaucoup plus jam et organique pour cette formation américaine.

L’ajout du batteur Nick Shabatura confirme amplement cette orientation. Avec son look de hippie catapulté en cette époque moderne, son kit transparent rouge et son bass drum décoré du trio de cercles de Led Zeppelin, le message est clair : le groupe veut plonger encore plus profondément dans le rock massif et enfumé. Bobby Landgraf, coiffé d’un chapeau qui semblait emprunté à MC Gilles, ponctuait le tout de « woohoo » lancés à répétition comme un roadie qui aurait accidentellement avalé une couple de gorgées additionnelles de Southern Comfort.

Le tour du catalogue était particulièrement intéressant, notamment avec plusieurs pièces du dernier album Good God / Baad Man, le tout exécuté sur des Gibson SG maganées mais instantanément reconnaissables pour quiconque a déjà passé trop de temps à regarder les vidéos de SolidRok.

C’était aussi étrange de voir Woody Weatherman sans son immense tignasse frisée. Avec sa coupe plus sage et ses lunettes semi-teintées, il avait maintenant des airs de Ringo Starr, version biker de la Caroline.

Le groupe est monté sur scène avec une ambiance sonore laissant croire à Forever Amplified, avant de finalement entendre les coups de hi-hat de Shabatura pour exploser sur Asleep on the Killing Floor. Suffisant pour réveiller immédiatement le public, composé d’une foule vieillissante mais toujours aussi fidèle et participative.

Le trio de classiques Who’s Got the Fire, My Grain et Seven Days nous a replongés directement dans les années 90. Et il faut le dire : les gars jouent encore avec les tripes et ça s’entend, sans subtilité. Ce n’est pas calculé, ce n’est pas propre, et c’est précisément ce qui rend le tout aussi vivant.

Deux autres pièces du dernier album, Gimme Some Moore et You or Me, ont suivi, mais mon véritable moment de satisfaction est arrivé avec It Is That Way, tirée de In the Arms of God. Une de mes chansons préférées du groupe et, surtout, une pièce que je n’avais encore jamais entendue en concert.

Pendant ce temps, plusieurs « festivaliers du mercredi soir de match » jetaient discrètement un œil à leur téléphone pour vérifier le pointage de la partie. Aucun cri soudain ne venait confirmer un but du Canadien. Nope, seulement des têtes qui hochaient frénétiquement sur Diablo Blvd., 13 Angels et Born Again for the Last Time.

Baad Man et Lose Yourself concluent le segment consacré au dernier album avant que le groupe ne sorte l’artillerie lourde avec Broken Man et l’inusable Vote With a Bullet.

Après quelques gorgées prises derrière le rideau, les musiciens reviennent pour les deux valeurs sûres absolues : Albatross et Clean My Wounds. Deux pièces jouées avec conviction par un contingent de vétérans sulfureux armés de vieilles guitares antiques, mais qui sonnent encore comme des machines de démolition, bien huilées.

Plus sérieusement, j’aurais facilement accepté trente minutes supplémentaires consacrées à No Cross No Crown, pratiquement ignoré durant cette tournée. Ajouter Man or Ash, Drowning in a Daydream et King of the Rotten de Wiseblood aurait transformé une très bonne soirée en véritable massacre sonore.

Je suis finalement reparti avec un enthousiasme évident en comprenant que ce n’était que partie remise… autant pour COC que pour le CH!

Photos : Martin Desbois