Mon fils joue au football, catégorie juvénile, donc secondaire 4-5, et c’est le temps des séries. Hier, son équipe a remporté son premier affrontement. Encore une victoire au palmarès! C’est toujours satisfaisant, comme parent, d’assister aux succès sportifs de sa progéniture. Mais le football, c’est aussi un investissement considérable, autant en bidous qu’en temps. Transport, entraînements, parties locales ou déplacements dans le réseau du sport étudiant québécois, ce qui signifie parfois de prendre la route un vendredi soir vers Sherbrooke, Lévis, Deux-Montagnes ou Trois-Rivières. Si seulement j’avais le temps de visiter une microbrasserie ou un disquaire, rendu là-bas…

Mais non. Il faut maximiser le temps de travail et celui consacré aux déplacements. Je ne peux pas systématiquement prendre mes après-midis de congé, même si je suis le patron. Je dois moi aussi être présent pour mon équipe. Parce que les succès, qu’ils soient sur un terrain de football ou dans un milieu de travail, sont rarement le résultat d’un seul individu. Ils se construisent collectivement, à force d’efforts avec les membres de l’équipe, de discipline et de solidarité. C’est exactement ce que nous cherchons à transmettre aux enfants et aux élèves dans l’établissement où je passe mes journées entières.

Hier soir, dès le botté d’envoi du deuxième quart, les Dragons défendaient leur territoire, leur propre champ de bataille (synthétiquement) gazonné. La horde adverse fonçait à pleine vitesse et mon garçon devait intercepter l’un des fantassins qui s’amenait droit sur lui. À la collision, il était légèrement sur les talons, en déséquilibre, ce qui l’a fait décoller et reculer de quelques mètres. Comme une véritable projection de soldat sous une rafale de mitraillette ennemie!

BANG! Pow! Petouk!

Mon cœur de père s’est immédiatement retrouvé dans les talons, mais en le voyant se relever, j’ai pu reprendre mon souffle. Pas question toutefois de cligner des yeux : les hostilités se poursuivaient et ce, jusqu’à la toute fin. Avec cette victoire, la campagne éliminatoire continue et, la semaine prochaine, une autre bataille attend la troupe. Direction le Bol d’Or, pour une deuxième année consécutive, si les opérations se déroulent comme prévu.

Les batailles se gagnent une à une, mais la guerre n’est pas encore terminée.

Pendant ce temps, par la poste (oui, ce service existe encore!) j’ai reçu le nouveau mini-album de la formation québécoise Dépérir. Œuvrant dans un black metal rapide et abrasif, le groupe nous livre une petite pochette cartonnée bien coquette, qui rappelle les promos que je recevais au début des années 2000. Signée chez Adipocere, cette production de seize minutes se voulait également une carte de visite supplémentaire lors de leur passage en Europe pour quelques dates en 2026.

Avec War, Dépérir nous déploie directement dans les tranchées et nous garde sur le qui-vive dès les premières salves de Blood Spill. L’approche est abrasive, avec une voix principale particulièrement envenimée, soutenue par une deuxième livraison plus râpeuse, presque death metal, qui vient ajouter du mordant aux moments opportuns. La pédale est au plancher et les deux bass drums mitraillent sans relâche. Heureusement, les guitares ne se contentent pas de tirer dans toutes les directions : les leads, très près du metal classique, sont exécutés avec une précision chirurgicale. Une première offensive qui ne fait pas de prisonniers.

Cold War ralentit légèrement la cadence, mais ne dépose certainement pas les armes. Plus posée et étincelante dans son approche guitaristique, la pièce profite particulièrement de la dualité vocale, entre la voix acidulée et celle, plus caverneuse, qui intervient aux refrains. Puis, dans la section centrale, quelques cris et détonations de fusils annoncent le bombardement. L’explosion survient, suivie d’un pont métallique excessivement efficace. La pétarade se poursuit jusqu’au dernier souffle, avec un lead incisif qui vient achever le travail. La guerre « froide » ? Pas vraiment car ici, les munitions sont encore bien chaudes et fumantes.

Avec Payback, le groupe reprend l’offensive en mode blitzkrieg. J’apprécie toujours autant l’approche vocale et cette alliance maléfique entre les deux registres. Musicalement, ça déboule à vive allure, mais sans jamais tomber dans le cabochon. Les guitares occupent judicieusement l’avant-plan et témoignent d’un respect évident pour les racines du metal et les grands techniciens qui ont façonné le genre. C’est suffisamment intense pour provoquer quelques victimes dans le pit, mais également assez bien ficelé pour faire approuver de la tête celui qui préfère observer les opérations, bien adossé à la console. À chacun son champ de bataille!

Accueilli par l’hymne national soviétique sur CCCP, je me suis retrouvé transporté à l’époque des parties de Rendez-Vous 87, alors que les étoiles de la LNH affrontaient celles de l’Union soviétique et que cet hymne résonnait en ouverture de la soirée. Nostalgie sportive et propagande militaire font ici bon ménage! Avec sa proposition beaucoup plus black ‘n’ roll, le morceau conserve néanmoins une certaine férocité. Une ligne plus impétueuse s’installe dans le dernier tiers, avec une intensité bien contrôlée, avant que la pièce ne retourne finalement à la caserne au son du pas de cadence de l’armée soviétique et de son tambour battant. La retraite est ordonnée, les rangs sont serrés. Sinon, c’est le goulag!

Bien ancré dans l’univers métallique québécois, Dépérir apporte une contribution intéressante à la scène d’ici avec son black metal sans compromis et son penchant pour le guitar hero, un aspect qui mérite d’être souligné. Le groupe ne se contente pas de lancer des grenades sonores : il sait aussi manier ses armes avec une certaine finesse. Maintenant, avec l’arrivée de Samuel Paré (Ültra Raptör et Metalord) à la guitare, je sens que la barre métalliquement héroïque sera montée d’une coche supplémentaire.

Pour l’instant, War remplit parfaitement sa mission : seize minutes de bombardement métallique, sans prisonniers et sans quartier. Et contrairement aux séries de football, ici, personne n’a besoin d’attendre le prochain vendredi pour retourner au front!

Disponible maintenant sur Adipocere et/ou Bandcamp.

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