Depuis samedi 5 septembre, j’ai retrouvé le sourire. Certes, je flotte encore sur le nuage laissé par le concert d’Iron Maiden avec Megadeth et Anthrax, mais il y a surtout cette odeur qui flotte dehors : l’automne est à nos portes! Les journées raccourcissent, les soirées rafraîchissent et les longsleeves ressortent du garde-robe. Je sais, chers lecteurs assidus, je vous sers le même refrain chaque année, mais je reconfirme : l’automne demeure ma saison préférée.

La rentrée scolaire est derrière nous, l’école où je travaille roule malgré les pépins habituels et la pénurie en enseignement continue de me faire grincer des dents. Je m’estime toutefois privilégié d’avoir une équipe complète. Enfin… presque. La veille de la rentrée, j’ai appris qu’une enseignante ne pourrait finalement pas commencer son année en raison de sa paperasse d’immigration. C’est précisément dans ces moments-là que tu te félicites d’avoir conservé tous les CV reçus au cours des derniers mois. Trouver rapidement une remplaçante du calibre recherché, c’est soit un miracle, soit un sacré coup de luck.

« M’a te prendre un 6/49 » raconte la publicité.

Et qui dit rentrée scolaire dit aussi rentrée musicale. Le nouveau Mastodon est plutôt parfait, celui d’Anthrax arrive d’ici une semaine et quelques, mais une autre galette m’a particulièrement surpris, et ce, avec le poing bien haut dans les airs.

Cette formation australienne qu’est Harlott roule depuis maintenant 20 ans, sans avoir réellement réussi à exploser ici, que ce soit au nord ou au sud du Lake of America. Avec un cinquième album de thrash metal aussi efficace, il devient toutefois légitime de se demander quand la reconnaissance finira par frapper à leur porte.

Une tournée majeure en ouverture d’Exodus, d’Anthrax ou de Kreator (ou, soyons fous, les trois dans une nouvelle mouture du Klash of the Titans) pourrait certainement leur donner un fichu coup de pouce.

Parce que Exsequiis frappe fort. Le titre, inspiré du latin et signifiant «funérailles», donne déjà une bonne idée de l’ambiance. Pendant 47 minutes, Harlott met le pouce au fond de la clanche de la bolle de toilette et ne semble pas particulièrement intéressé à regarder dans le fond de la cuvette pour nous confirmer que l’eau tourne de l’autre bord. À plusieurs reprises, je me suis même surpris à penser : « J’aurais aimé que ce soit le nouveau Exodus! »

Après l’introduction Incipiam ( un autre mot latin signifiant « commencement », quelle surprise!) Harlott attaque avec Void, un véritable banger qui coche toutes les cases du thrash efficace : riffs incisifs, voix revendicatrice, leads glorieux, percussions précises, basse perfide et transitions bien ficelées. Rien ne dépasse, rien ne traîne.

Messiah Simplex se montre encore plus punitive derrière les tambours, avec une approche mitraillée, carrée et particulièrement efficace pour tester la résistance de tes tympans. Avec Trial By Liar, retour aux racines du genre : rythmique galopante, chevaux au trot, voix expéditive et back vocals qui foncent droit devant. Le passage central, plus introspectif, apporte juste assez de contraste pour éviter l’effet du mur de béton.

The God That Knows No Name vient couper l’album en deux et offre une approche plus progressive, sans tomber dans le Dream Theater, faut quand même pas charrier. Les changements de vitesse, les variations vocales et le travail des guitares apportent une belle profondeur sans jamais sacrifier l’agressivité. Puis Kleptogenesis remet les choses à leur place : destruction, mosh pit actif et plancher probablement imbibé d’alcool. On connaît la suite.

Avec son intro intrigante, A Still More Glorious Dawn Awaits replonge rapidement dans un thrash croustillant à la Warbringer: ligne rythmique carrée, guitares mordantes, voix acidulée et back vocals plus caramélisés. C’est légèrement plus moelleux, mais tellement bien dosé que ça ne devient jamais un irritant. Un peu comme une poutine sans extra fromage quand ton médecin commence à te parler de ton taux de cholestérol.

The Joyful Strain est probablement le morceau le plus accrocheur de l’album. Son riff s’installe dans la tête par sa simplicité, mais surtout par son caractère toxique. Ajoutez un refrain facile à hurler en spectacle et vous avez une chanson qui risque de devenir particulièrement efficace devant une foule en délire et, un brin chaudaille!

Endling conserve cette intensité malgré un refrain un peu plus pompeux, puis l’album se termine avec pugnacité grâce à Vice Borne et à la chanson-titre. Cette dernière débute avec subtilité avant de prendre progressivement son envol et de rappeler que Harlott n’est manifestement pas ici pour faire dans la dentelle.

Avec mes attentes particulièrement élevées envers l’automne, (oui, je sais, je commence déjà à vous achaler avec ça) d’avoir cet album entre les deux oreilles me plaît énormément. Il risque fort de demeurer dans ma rotation jusqu’à l’arrivée du nouveau Anthrax, puisque la troupe de Scott Ian demeure, rappelons-le, ma formation préférée.

En attendant, cette galette de Harlott accomplit une autre mission fort importante: elle me donne envie de sortir marcher d’un bon pas, le longsleeves sur le dos, les feuilles qui commencent à tomber et le thrash dans les oreilles.

Et si ça peut contribuer à faire baisser mon taux de cholestérol, je vais considérer Exsequiis comme un investissement médical… et metal.

Disponible le 11 septembre sur Metal Blade Records.

www.facebook.com/HarlottOfficial

Photo : Rob Brens