Atteindre 50 buts, ça fait oublier bien des affaires. Le fantastique Cole Caufield s’approche de ce plateau symbolique, il serait le premier à le faire depuis Stéphane Richer. Même une hausse absurde du prix de l’essence devient presque un détail… anodin. Avec une augmentation de 50 cennes en un mois pour le simple litre d’ordinaire, de voir Caulfield viser les 50 buts nous permet de voir le nombre 50 sous un tout autre angle. Parce qu’au fond, quand j’y pense, c’est comme ce nouvel album de Corrosion of Conformity. Effectivement, car tout est une question de combustion : qu’est-ce qui brûle le mieux? Les billets dans notre portefeuille ou les amplis de Pepper Keenan et de Woody Weatherman?

Avec Good God / Baad Man, COC ne revient pas simplement après une absence prolongée. Non, le groupe revient comme un vieux moteur qu’on pensait avoir besoin d’un changement d’huile, mais qui repart plutôt en toussant avant de rugir comme en 1994. Le contexte est chargé, marqué par le décès de Reed Mullin, une reconfiguration avec Bobby Landgraf à la basse et la présence de Stanton Moore derrière les percussions en studio, ce qui injecte une pulsation organique, presque marécageuse, parfois teintée de swing inattendu.

Le résultat, sur 67 minutes, COC refuse toute discipline musicale moderne : ici, on jamme, longuement, parfois jusqu’à l’excès, mais souvent avec juste assez d’abandon pour atteindre cet état second où le riff devient une transe et où la structure s’efface au profit de la sensation plus brute. Ce choix esthétique et musical confirme que le groupe ne cherche plus à cadrer son propos métallique, mais à le laisser respirer, quitte à perdre en efficacité immédiate.

Ce qui frappe rapidement, c’est à quel point le groupe s’éloigne encore davantage de ses racines hardcore pour embrasser un amalgame assumé de blues sudiste, de stoner, de grooves swompés et de jam band débridé. On est loin du format calibré, vraiment. Sur ce nouvel album, tout respire la chaleur, l’alcool éventé, les spots de sueur sous le t-shirt et la poussière sur la route de canton, avec au centre Pepper Keenan qui ne chante pas tant qu’il ne confesse, oscillant entre rugosité contrôlée et vulnérabilité palpable.

L’album s’ouvre avec Good God Final Dawn, une pièce qui agit presque comme une conclusion inversée avec ses guitares larges et épiques, suivie de You or Me qui impose une cadence saccadée dominée par la batterie, puis de Gimme Some Moore qui accélère brutalement avec une énergie frontale. Le segment formé par The Handler et Bedouin’s Hand plonge ensuite dans une dérive psychédélique aux textures flottantes et aux accents du Moyen-Orient (attention le Donald!), avant que Run for Your Life n’installe une lourdeur poisseuse et une section jam destinée à exploser lors des concerts.

Le versant Baad Man ramène une approche légèrement plus directe. Elle flirte avec un blues sale et assumé dans ses excès, tandis que Lose Yourself offre une structure plus définie et que Asleep On The Killing Floor érige un mur de son massif. Le chanson Handcuff County renoue, quant à elle, avec un groove profondément, du bayou.

C’est toutefois dans son dernier tiers que l’album atteint une forme de cohésion supérieure, notamment avec Swallowing the Anchor, véritable sommet hard rock porté par un groove contagieux, suivi de Brickman, moment plus dépouillé où la voix éraillée de Keenan prend toute la place, avant que Forever Amplified ne vienne conclure avec une montée en puissance maîtrisée et des harmonies féminines évoquant l’esprit de Janis Joplin.

Au final, COC ne cherche plus à convaincre ni à séduire, il impose son tempo et sa vision, livrant un album trop long pour certains, trop libre pour d’autres, mais profondément authentique. Comme une nuit beaucoup trop étirée entre la lucidité et la dérive ultime, Good God / Baad Man rappelle que, pendant que tout augmente autour de nous sans logique budgétaire apparente, le seul carburant qui ne perd jamais sa valeur demeure encore, et toujours, le groove de Corrosion of Conformity!

Disponible le 3 avril sur Nuclear Blast Records.

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Photo : Danin Drahos