Difficile de ne pas regarder l’actualité internationale et d’avoir l’impression que le monde joue à une partie de roulette russe géopolitique pendant que certains dirigeants improvisent leur rôle comme s’il s’agissait d’une soirée de karaoké. Entre les tensions en Iran, les déclarations erratiques du Donald Orangé d’Amérique et cette impression persistante qu’un faux pas pourrait tout faire basculer bien plus que les marchés des matières énergétiques, qui est déjà en surchauffe (checkez le panneau Ultramar) on oscille entre la stupeur et le cynisme complet. Le prix du diesel grimpe en flèche, l’incertitude s’installe partout, et pendant que le monde avance d’un pas et recule de deux, certains métalloïdes trouvent refuge dans une valeur sûre : un bon disque de death metal bien gras et sulfureux. Et dans ce registre, Immolation reste une institution qui, elle, ne dévie jamais de sa trajectoire destructrice.
Avec Descent, les vétérans new-yorkais ne cherchent pas à réécrire leur ADN sonore, et c’est précisément ce qui fait leur force depuis toujours. Là où d’autres groupes s’égarent dans des tentatives de modernisation plutôt douteuses, Immolation continue de creuser son sillon avec une précision chirurgicale. Changement notable toutefois : l’absence de Paul Orofino à la production, remplacé ici par Zack Ohren, connu pour son travail avec Exmortus et pour ce qui s’en vient avec Forbidden. Déjà impliqué au mixage par le passé, Ohren apporte ici une production plus tranchante, légèrement plus clinique, qui met en valeur la complexité des compositions sans sacrifier la lourdeur organique du groupe.
L’ouverture avec These Vengeful Winds donne le ton et ce, immédiatement. On retrouve une guitare presque hésitante qui agit comme un faux sentiment de sécurité avant que tout n’implose. Rapidement, les guitares de Bob Vigna et Alex Bouks tissent ces lignes dissonantes caractéristiques chez Immolation, teintées d’une coloration quasi moyen-orientale qui renforce l’atmosphère suffocante. La finale du morceau, résolument fataliste, agit comme une descente contrôlée vers le chaos… ce qui se veut un motif récurrent sur l’album.

The Ephemeral Curse accélère le tempo avec une attaque frontale où les grosses caisses résonnent comme une batterie d’artillerie, avant de bifurquer vers ces passages saccadés typiques du groupe. Immolation excelle dans ces ruptures rythmiques qui désorientent l’auditeur sans jamais perdre le fil. À l’inverse, God’s Last Breath ralentit considérablement le jeu avec une approche presque doom, abyssale, rappelant que la lourdeur ne dépend pas de la vitesse mais de l’intention. Puis Adversary vient tout écraser sur son passage, un véritable condensé de brutalité maîtrisée.
Avec Attrition, le groupe atteint un niveau de tension particulièrement élevé car ce morceau est dense, punitif, et porté par la performance vocale toujours aussi imposante de Ross Dolan, dont le râlement profond agit comme une incantation apocalyptique. Bend Towards The Dark poursuit avec une dynamique plus rapide, alternant entre accélérations et segments tranchants, où la section rythmique de Steve Shalaty agit comme une véritable machine de guerre, et chaque frappe semble calculée pour maximiser l’impact.
Host se distingue par une approche plus lourde et presque ronde, où la production met en avant une texture sonore épaisse et enveloppante. À l’opposé, False Ascent injecte une dose bienvenue de thrash old school, insufflant un regain d’énergie à l’ensemble death métallique offert depuis le début de Descent. Banished surprend par son caractère plus atmosphérique, presque cinématographique, évoquant une fresque sombre et épique, ce qui se veut un interlude (avec instruments à cordes, très House of the Dragon) qui rappelle que le groupe maîtrise aussi l’art de la tension narrative. Enfin, la pièce titre clôt l’album avec une intensité calculée, servant de synthèse métallique à l’ensemble des éléments explorés précédemment.
Au final, Descent n’est pas une révolution dans la discographie d’Immolation, et c’est exactement ce qu’on attend d’eux et ce qui me plait, honnêtement. Le groupe ne cherche ni à séduire ni à surprendre tout à fait gratuitement. Effectivement, Immolation affine, consolide et exécute avec une rigueur implacable. Dans un monde où tout semble crissement instable, où même les certitudes géopolitiques vacillent amplement, il y a quelque chose de presque rassurant dans cette constance métalloïde. Immolation reste Immolation, c’est-à-dire un bloc monolithique de death metal, toujours aussi brûlant et toujours aussi, implacable.
Disponible le 10 avril sur Nuclear Blast Records.
Photo : Stephanie Gentry