C’est surtout le dimanche que je tape mes textes, et ça, mon lectorat métallique le sait. Après une bonne marche, une couple de cafés et quelques toasts au beurre de pinotte, je me place derrière mon clavier pour aligner des mots à connotation métallifère. Je fais ça depuis des années, intégré à ma dynamique familiale. Pendant que mes enfants sont occupés à faire autre chose (comme dormir) et que mon épouse est en mode popotte, je peux varger dans les oreilles de ceux qui se trouvent dans mon rayon. Le texte sera publié dans l’après-midi ou, au plus tard, en soirée. Quand tu es discipliné, ça donne ceci!

J’ai donc la tête tranquille en ce dimanche. Je reviens du To the Death, festival de death metal présenté aux Foufounes Électriques, et j’ai grandement apprécié l’expérience. Mon terrain est pratiquement prêt pour l’hiver, mais la piscine attendra encore une semaine. Je vais profiter du congé de l’Action de grâce pour lui dire adieu jusqu’au printemps.

Par contre, une chose que je n’ai pas attendue de faire, c’est d’aller voter. Par anticipation, lundi dernier, ma femme, ma fille de 18 ans et moi étions dans un bureau de vote installé à l’étage supérieur d’une école primaire de Terrebonne. C’était la première fois que ma fille votait. Un grand moment, parce que voter, ce n’est pas seulement cocher une case : c’est faire un choix, prendre position et accepter que notre voix compte dans le résultat final.

Maintenant que le devoir citoyen est accompli, il ne me reste plus qu’à remplir mon cortex d’éléments complexes, intrinsèques et potentiellement paralysants. C’est donc avec le deuxième album de la formation québécoise Dissimulator que je viens me geler les neurones. Et croyez-moi, Artifice Dissolves est une expérience complexe, précise et franchement enivrante.

Formation parallèle de membres de Chthe’ilist, Dissimulator sévit dans un thrash metal qui semble avoir été programmé dans un laboratoire du futur, avec quelques puces de death metal greffées directement dans le circuit imprimé. Le résultat est dense, technique et cybernétique, mais demeure suffisamment aéré dans certains passages pour éviter que le Terminator nous serre le cou jusqu’à l’arrêt respiratoire.

Si le premier album m’avait grandement plu, celui-ci me satisfait encore davantage. Tout est plus fignolé : les ponts sont plus recherchés, les arrangements plus élaborés, des voix de robot et l’exécution encore plus chirurgicale, sans que le côté « cabotin » de la formation disparaisse. J’avais même l’impression d’entendre ce que pourrait donner une collaboration entre Chewy de Voïvod et Ryan Waste de Municipal Waste. Vous voyez le genre de problème informatique que ça pourrait créer?

Avec Apophenic Rage, le trio frappe fort, mais jamais dans le vide. La mitraille est présente, le barrage thrash est massif, puis une montée musicale débarque avec suffisamment de puissance pour faire triper David Davidson de Revocation. Hungry Ghosts amorce la machine de façon plus death métallique, mais gare à vous : un gros chunk bien thrashoïde vient rapidement s’incruster dans le programme. Les genres s’alternent et créent une espèce d’humanoïde hybride qui carbure aussi à une passe de guitare me rappelant Miracle Man d’Ozzy. Une voix robotique vient confirmer la chose : le futur est… maintenant!

La pièce-titre est d’une efficacité rare, autant dans la vitesse que dans l’exécution. L’esprit thrash est omniprésent et le trio pousse encore la machine vers de nouveaux excès, tandis qu’Alloyed se montre plus frondeuse dans son attitude. Avec son introduction spatiotemporelle digne d’un documentaire sur un trou noir, Proprioceptor voit ses claviers ambiants se faire interrompre par une guitare lancinante, jusqu’à ce qu’un barrage digne d’une ceinture d’astéroïdes nous confirme que l’accalmie est terminée.

Dusk est plus introspective et clôt le deuxième tiers de l’album avec une guitare céleste. Puis, le dernier tiers nous ramène brutalement sur Terre avec Neon Metropolis, sa rafale métallique bien bombée et sa cadence qui permet facilement d’imaginer un vaisseau spatial divaguer dans l’espace à une vitesse beaucoup trop élevée pour respecter le « code de la route intergalactique ». L’instrumentale Anodyne reprend elle aussi ce filon astral avec un pont atmosphérique qui finit par se fondre dans la masse métallique, nous plongeant dans un trou noir pratiquement voïvodien.

Finalement, Robostrobos est d’une intensité mirifique, et c’est rapide en cibole! Même lorsque la voix embarque, nous demeurons en mode vitesse et technicité. Dissimulator adore peser sur la suce et le fait sans jamais donner l’impression de manquer d’oxygène. Quelques passages plus saccadés viennent toutefois amortir la course, question de ne pas nous faire éjecter directement dans une autre dimension.

Ce deuxième album de Dissimulator, Artifice Dissolves, prouve que la malédiction du deuxième album peut être neutralisée lorsqu’une formation sait exactement où elle s’en va. La ligne est claire, l’exécution est précise et l’intensité n’est jamais un obstacle au renouvellement. Au contraire, elle devient ici le carburant d’un thrash metal futuriste, technique et délicieusement cybernétique.

Et puisqu’on parle d’intelligence et de clarté, n’oubliez surtout pas d’aller voter. Une démocratie sans participation, c’est un peu comme un festival de metal sans public : la structure est là, mais il manque cruellement quelque chose.

Et si vous avez un autre vote à faire, celui-là est beaucoup plus simple : votez pour Dissimulator et Artifice Dissolves comme meilleur album métal québécois de 2026. Celui-là, au moins, risque de vous envoyer dans le futur plutôt que dans un débat des chefs plutôt interminable…

Disponible sur 20 Buck Spin Records.

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Photo : Kristel Boucher