Gériboire qu’on est bien pendant le congé de l’Action de Grâce! Comme de raison, le terrain réclame son lot de tâches automnales : fermer la piscine, passer ce qui sera probablement la dernière tonte de l’année, ranger les meubles de patio et râteler les feuilles mortes si tu ne veux pas retrouver des amoncellements de feuilles d’érable en décomposition au printemps 2027. Mais il y a une chose que je ne range pas avant la mi-décembre : mon poêle BBQ extérieur. De marque Sterling, acheté chez Rona avant que Mike devienne leur porte-parole officiel, il trône sur notre patio depuis que les enfants jouaient dans le petit module aménagé dans le carré de sable. Bref, ça fait au moins 15 ans que la bête crache ses flammes propannées!
Comme je le disais il y a quelques années, j’ai énormément de difficulté à m’en départir. D’abord parce que je le connais par cœur, ensuite parce que ses grilles ont emmagasiné des années de jus de viande, de graisse et de saveurs. Même après un bon récurage, il reste toujours quelque chose de cette alchimie carnée qui se réveille lorsque le propane chauffe la fonte. Un peu comme un bon album de death metal, le temps fait son œuvre et la couche de vécu ajoute du caractère à l’ensemble.
Sauf que je crois que mon vieux compagnon vient de connaître sa dernière saison avec la famille. Le fond de la cuve commence à être sérieusement rongé. Tout comme la CAQ lundi, il est temps de changer de cap!
Je vais donc magasiner un nouveau BBQ, probablement au Black Friday, puis le laisser patienter dans le garage jusqu’à ce que l’ancien termine son périple en novembre/décembre 2026. Parce que oui, j’aime faire cuire des boulettes, des steaks et des brochettes sur le grill, même avec des bottes et un manteau. Le plaisir carnivore n’a pas de saison! Et contrairement au cliché du banlieusard qui tient sa canette de bière dans une main et son moniteur Bluetooth sur le rebord du poêle, je préfère enfiler mes écouteurs pour préparer le tout, attendre la température idéale et surveiller la cuisson.
L’opération prend une bonne trentaine de minutes. L’idéal est donc de trouver un album qui respecte ce minutage, histoire de synchroniser les lignes de guitare avec la réaction des saucisses qui crépitent. Comme de raison, Reign in Blood de Slayer serait la trame sonore parfaite pour saisir un steak saignant. Le problème? Il manque environ huit minutes pour cuire correctement du poulet. Et je tiens à mes papilles gustatives, mais aussi à mon système digestif!
Il faut donc dénicher un album de death metal de 35 à 38 minutes, question de ne pas servir une poitrine de poulet à la salmonelle. À l’inverse, un disque de 40 à 42 minutes risque de transformer le volatile en semelle carbonisée. Ce n’est pas dans mes standards culinaires. J’ai donc préparé mes poitrines et lancé le sixième album de Dawn of Demise : une séance de death metal danois pour accompagner la cuisson, sans avoir à appeler les pompiers de Terrebonne.
Intitulé Feed my Absurdity, ce disque propose un death metal qui sonne comme s’il avait été élevé dans les quartiers les plus brutaux de New York, même si la formation vient du Danemark. Si Dying Fetus et Suffocation font partie de tes habitudes d’écoute, tu peux te faire les tympans sur ce groupe efficace, même s’il ne réinvente pas exactement la recette. Oui, je sais : Dawn of Demise innove à peu près autant qu’une brochette de poulet sur le grill. Mais sers-m’en une et je vais te l’engloutir avec un appétit de prédateur!
La pièce-titre ouvre l’album avec une pétarade qui nous propulse directement dans un premier barrage sonore. Une voix gutturale, qui rappelle celle de John Gallagher de Dying Fetus, vient ensuite compléter le carnage. Le son est gras, massif, bien bardé de riffs, et la cadence repart de plus belle avant de s’effondrer dans des cassures soniques. C’est l’équivalent musical d’un steak épais qui grésille sur les grilles : ça crépite, ça frappe et ça ne demande pas de salade en accompagnement.

Ominous accélère le rythme avant de subir, elle aussi, une cassure sonore typique du genre, suivie d’une roulade de basse qui relance la machine. Avec The Essence of Extirpation, on entre dans le territoire du Chugga Chugga : la tête fait oui-oui, les cervicales encaissent solidement et la viande commence à s’attendrir. Le pont musical, lui, évoque furieusement Where the Slime Live de Morbid Angel. Ça ne gagnera pas le prix de l’innovation gastronomique, mais ça fait saliver le death metalleux qui préfère un périple chez The Keg plutôt qu’au Toqué.
Avec Reviving Demise, on retourne en position fœtale, comme si le groupe voulait nous rappeler que la naissance est déjà une expérience suffisamment traumatisante. Les subtilités du Maryland, les variations vocales et le jeu de guitare plus nuancé apportent un peu de relief à cette masse sonore. Et non, pas besoin de sweep pour épater la galerie!
The Immoral nous ramène ensuite au steak saignant, sans accompagnement inutile. Ici, on parle d’une pièce de viande bien bardée, déposée sur les grilles brûlantes et qu’il faut retirer au bon moment pour en préserver toutes les saveurs. Mais attention : attends le solo avant de passer à table. Celui-là est particulièrement savoureux et mérite qu’on lui laisse toute la place. Le genre de passage qui te fait oublier, pendant quelques secondes, que tu es en train de surveiller tes poitrines de poulet en bottes d’hiver.
Downcast est la plus lourde du lot. Malgré une ouverture bourdonnante, le groupe finit par nous écraser tout ça à grands coups de riffs, comme une montagne de patates transformée en purée onctueuse. Pas trop de mottons, pas de flingflang, juste une bonne dose de lourdeur. Après quelques morceaux assez linéaires, Dissociation poursuit sur la même lancée et rappelle étrangement un croisement entre Six Feet Under et Kataklysm. Une recette familière, certes, mais qui tient bien la route, comme un BBQ dont tu connais chaque bouton et chaque point chaud, précis.
Pour le dernier tiers, Onset Of Iniquities impose une ouverture dissonante avant de nous enfermer dans une atmosphère oppressante. Ça mijote dans l’inconfort et ça finit par étouffer, comme une pièce de viande trop épaisse qu’on aurait laissée cuire sous un couvercle fermé. Sense Of Superiority poursuit l’attendrissement avec des coups de mailloche directement sur la tendreté du steak. Pas besoin de marinade sophistiquée quand tu disposes d’une telle force de frappe. Enfin, Break The World assène l’assaut final avec davantage de pugnacité. Le groupe hausse le feu, retourne la viande une dernière fois et nous sert le tout sans se soucier des conventions de la haute gastronomie métallique.
Parfois, l’originalité n’est tout simplement pas ce qu’on recherche. Il y a des jours où on veut redevenir Cro-Magnon, un steak saignant dans la gueule, une bière tiède dans la chope et du death metal qui cogne comme un marteau à viande sur une bavette de bœuf. Pas besoin de réinventer la roue, encore moins de transformer son BBQ en laboratoire de cuisine moléculaire.
Avec Dawn of Demise, on obtient un produit solide, brutal et sans prétention, qui fait exactement ce qu’on lui demande. C’est peut-être du réchauffé pour les oreilles les plus exigeantes, mais quand la viande est bonne et que les riffs sont gras, on ne commence pas à compter les calories.
Feed my Absurdity, c’est le genre d’album qui ne gagnera peut-être pas le concours du plat le plus original, mais qui te donne envie de prendre la dernière brochette et de la déposer dans ton assiette. Et dans mon livre, quand le death metal fait grésiller les tympans aussi efficacement que le steak sur les grilles, c’est que la cuisson est réussie.
Bien saignant, s’il vous plaît!
Disponible sur Unique Leader Records.
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