J’espère que tu as gagné tes élections! Comme de raison, si tu as voté, tu as le droit de chialer ou d’être bien content. Le devoir démocratique, c’est essentiel. Je sais, tu me diras que c’est du pareil au même, qu’on déshabille Pierre (ou François, dans notre cas) pour habiller Paul, mais quand on regarde ce qui se passe en bas de chez nous, on comprend qu’un seul bonhomme orangé peut suffire à faire tanguer le bateau. Ici, voir la CAQ manger une fichue claque confirme surtout une chose : l’usure du pouvoir finit par rattraper ceux qui pensent pouvoir gouverner à leur guise. Les politiques paternalistes, ça rassure un temps, mais ça finit par tomber sur les nerfs.

Faut avouer que le bon vieux Legault a joué le père de famille rassurant pendant la pandémie. Pour bien des gens anxieux, cette figure paternaliste a aidé à traverser la tempête. Mais quand la vie a repris son cours et que les véritables décisions ont commencé à s’accumuler, la barque a pris l’eau. Éducation, santé, immigration, itinérance : des dossiers effleurés pendant qu’on nous resservait le troisième lien à répétition. Comme quoi, en politique, certains tournent en rond plus longtemps qu’un travailleur coincé entre le métro, la job et le dodo.

Nous, les amateurs de musique métallique, sommes souvent politisés et plutôt vocaux sur nos positions. Je ne transformerai toutefois pas ma tribune métalloïde en assemblée nationale improvisée. Nos élus ont leurs débats, nous avons nos riffs, et tout le monde a besoin de décrocher de temps en temps.

Il faut dire que les métalleux sont des gens de convictions. Chez plusieurs, c’est tout blanc ou tout noir et, bien souvent, tout noir. Vous n’avez qu’à regarder nos choix de t-shirts, mais pas la couleur de nos vinyles! Avec nous, certains groupes sont adorés, d’autres détestés. La nuance, c’est parfois comme une promesse électorale : on en parle beaucoup, mais on ne la voit pas toujours.

Dans mon cas, Skid Row a toujours fait partie de la deuxième catégorie. Et pas à peu près! Même lorsque le groupe a frappé plus fort avec Slave to the Grind, son côté guédaille me tombait royalement sur les nerfs. Jamais été capable. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer.

Pourtant, en écoutant Against, le nouvel album de RAM, pas le Dodge, mais bien la formation suédoise de heavy metal, je n’arrêtais pas de me gratter le fond de la tête. Ce son me rappelait quelque chose. Du metal hurlant de haut calibre, des chansons agressives et poignantes, le poing dans les airs et le chest bien velu : après quelques écoutes, j’ai finalement allumé. Skid Row!

Le paradoxe est savoureux : je n’aime pas ce groupe américain qu’est Skid Row, mais j’aime Against de RAM. Est-ce l’âge qui me ramollit ou simplement le plaisir d’entendre du heavy metal joué avec hargne, sans avoir l’air de pousser la sacoche vers l’avant? Toujours est-il que j’ai embarqué dès Obsession, la pièce d’ouverture, avec son introduction très Judas Priest. Puis arrive Out of Control, avec sa poigne précise, son bass drum tonitruant, son refrain percutant et son boogie qui donne envie de craquer des canettes. Voilà de quoi oublier le métro-boulot-dodo et remplacer le réveil-matin par une bonne dose de décibels.

C’est à ce moment que j’ai constaté que je n’avais pas reçu l’album avec les pièces dans le bon ordre. Un classique chez les scribes métallifères : même nos journées de travail ne suivent pas toujours le bon programme! Je vais donc poursuivre avec la séquence que j’ai reçue. Après tout, en musique comme en politique, le résultat compte parfois davantage que l’ordre dans lequel les choses se produisent.

Ghost Emperor verse davantage dans le power metal, avec des élans à la Helloween et une dégaine Accept. Ça galope avec conviction. One Vs All rappelle franchement Accept, particulièrement si vous avez apprécié Teutonic Terror. De son côté, Abattoir enfonce l’accélérateur et permet au chanteur Oscar Carlquist de repousser encore les limites de sa puissance vocale.

Même constat avec Night Blade, une pièce charnue où Carlquist passe habilement des registres graves aux envolées aiguës. Rising Again est probablement le morceau le plus Skid Row du lot, avec sa dégaine plus brasse-péteux. Et avec la chanson-titre, RAM nous ramène directement en 1989, cette époque où le heavy metal avait encore le poil long, le cuir serré et les refrains conçus pour être hurlés à pleins poumons.

1984 nous propulse ensuite dans une autre époque, avec un morceau qui aurait très bien pu paraître cette année-là, n’eût été ce roulement de basse que les moyens techniques des bassistes glam de l’époque auraient difficilement permis de produire de cette façon. Mais le titre renvoie surtout au roman de George Orwell, qui dépeint la surveillance de masse et le contrôle social. Une thématique qui résonne drôlement bien aujourd’hui, alors que nos habitudes, nos déplacements et nos moindres clics laissent des traces indélébiles. Big Brother n’a même plus besoin de prendre la ligne orange avec nous : il est déjà dans nos poches…

Leaving est le morceau le plus chunky de Against. Il semble moins assumé que le reste de cette pétarade, comme si le groupe avait momentanément oublié de passer à la vitesse supérieure. Heureusement, The Final Hour remet les pendules à l’heure et clôture l’album avec pugnacité, agilité musicale et conviction. Pas question de terminer le quart de travail en regardant l’horloge : RAM livre une finale qui fesse.

Si Rachel Bolan écoute cet album, il risque fort d’avoir envie d’envoyer un courriel à Oscar Carlquist pour lui proposer de joindre les rangs de Skid Row. Avec sa voix et sa capacité à livrer la marchandise, il pourrait bien devenir le septième chanteur du groupe. À ce rythme-là, Skid Row pourrait finir par changer de chanteur plus souvent que le gouvernement de la CAQ a changé de discours sur le 3e Lien pendant les dernières années.

En attendant, RAM nous offre un album de heavy metal solide, agressif et savoureusement ancré dans les standards du genre. Et si Against nous rappelle que les apparences sont parfois trompeuses, il nous prouve aussi qu’on peut détester un groupe tout en appréciant ce qu’il a inspiré.

Comme quoi, même après une longue journée de métro-boulot-dodo, il reste de la place pour une bonne contradiction métallique!

Disponible sur Metal Blade Records.

www.facebook.com/RAMheavymetal

Photo : Sanna Bäckström