Alors que tout le monde retourne au travail en ce lundi, le jour où j’écris ces lignes, moi, je débute enfin mes vacances. J’ai étiré amplement la sauce cette année, je dois l’admettre. À part quelques journées au chalet pour boucler une section spéciale de mon prochain livre, Lecture du Trône Métallique Tome II, je n’ai pratiquement pas arrêté. Pas bin bin, j’y suis allé à fond, comme si j’avais 20 ans.
Et quelle année! Bien remplie, oui, mais surtout ponctuée de rebondissements. Je blaguais récemment (hier!) avec ma barbière en lui disant que je pourrais écrire un livre sur la vie quotidienne d’un directeur d’école. Le problème, c’est qu’à la lecture, vous trouveriez ça tellement exagéré que vous concluriez à une œuvre totale de fiction.
Pourtant, je vous jure que tout ce qui s’y trouverait serait… vrai! Mais je dois me concentrer sur mon livre metal, avant tout!
Résultat : je suis un tantinet brûlé. Et ce n’est pas seulement à cause du travail. Je termine ce deuxième livre, je mets la touche finale à un projet artistique métallique (les habitués de mes réseaux sociaux et de la page Voivodians savent exactement de quoi je parle), je profite d’une vie de couple et de famille bien remplie et, comme si ce n’était pas assez, j’ai récemment célébré le mariage du parrain de ma fille.
Ma vie déborde de partout, mais elle tient encore debout. Exactement comme le disque dont je m’apprête à vous parler.
Heureusement, il reste quelques antidotes à la fatigue. Aller me faire brasser dans une salle de spectacle, une bonne bière à la main, demeure une valeur excessivement sûre. J’ai beau apprécier les produits houblonnés, c’est encore le metal qui alimente le moteur. Surtout le death metal.
Juste avant de partir pour les vieux pays, je me devais donc de vous glisser un mot sur Godslaughter, le nouvel album de Nothingness. Et non, ça n’a absolument rien à voir avec la pièce plus feutrée de Living Colour. Ici, on parle d’un death metal technique, crasseux et intelligemment construit.
Troisième offrande de cette formation américaine à six musiciens, Godslaughter soulève tout de même une question : que fait exactement le sixième membre? Officiellement responsable des synthétiseurs et de l’échantillonnage, j’ai surtout l’impression qu’il devait gérer le moral de la troupe en studio… ou les commissions au dépanneur.

Dans la même veine que Gorguts, Replicant ou Malignant Altar, Nothingness ne cherche jamais à séduire l’auditeur. Les angles demeurent rugueux, les textures abrasives et la moindre parcelle de douceur semble avoir été bannie du studio. La production est massive, avec autant de délicatesse qu’une collision frontale entre deux camions de livraison de Purolator, remplis de colis.
Incinerated Immediately ouvre les hostilités avec une rythmique étonnamment groovy, juste assez pour nous faire croire qu’on pourra garder l’équilibre. Mauvaise idée. Le groupe nous enlève rapidement le tapis sous les pieds. Les riffs deviennent cassants, les structures se fragmentent, la voix passe du râle profond au cri primal et la batterie martèle sans relâche. C’est chaotique, mais jamais gratuit. Sous cette violence se cachent une foule de détails qui récompensent les écoutes répétées.
Convulsing Putrefaction s’enchaîne presque naturellement, comme deux blocs Duplo parfaitement imbriqués… sauf que ceux-là sont fabriqués en acier et sont déjà rouillés. Skull Evulsion procure ensuite la même sensation qu’un passage corporel dans une laveuse industrielle, à eau tiède par contre. Pas nécessairement au cycle essorage, mais assez pour te laisser complètement désorienté. Derrière cette tempête sonore se cache toutefois une solide pulsation groovy qui rappelle par moments ce que Cephalic Carnage nous lançait autrefois en pleine figure.
Trenchant Glunch continue de marteler avec vigueur, tandis que Vanquishing Providence démontre que cette bande de prédateurs sait aussi ralentir le tempo pour plonger dans un doom visqueux et suffocant. Si vous cherchez une porte d’entrée pour ce groupe, Divine Irresponsibility constitue probablement le morceau le plus accessible. Ne vous y habituez pas trop longtemps : Incredible Violence replonge immédiatement dans l’oppression, avant que Umbral Spear ne s’abatte avec un poids pratiquement écrasant.
L’album s’éteint finalement sur la bourdonnante Novus Hegemonikon, qui donne l’impression d’avoir la tête maintenue de force dans une ruche d’abeilles. Une conclusion aussi étourdissante que l’ensemble de Godslaughter.
Au fond, ce disque ressemble beaucoup à ma vie actuelle. Ça déborde dans tous les sens. Ça semble constamment au bord de l’implosion. Pourtant, derrière ce chaos apparent se cache une logique, un équilibre précaire qui tient tout, bien ensemble. Nothingness réussit exactement cet exploit : transformer le désordre en quelque chose de cohérent, de captivant… et d’étonnamment maîtrisé.
Disponible sur Everlasting Spew Records.
www.facebook.com/nothingnessmn/
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