Dimanche soir, c’était le moment que j’attendais le plus en cette finale (enfin) estivale. Comme je vous le mentionne depuis quelques textes, l’arrivée de l’automne est maintenant chose réelle avec ses températures plus fraîches, ses petites laines et ses longues marches en sol terrebonnois. Pour ma part, c’est probablement la période de l’année où je me sens le plus ravigoté. Et il y a un autre petit bonheur qui accompagne souvent mes dimanches soirs : une bonne fondue chinoise.
Ce que je préfère dans cette fondue n’est toutefois ni la tendreté du bœuf, ni la sauce mayo-cari, ni le poulet qui a passé quelques minutes à mijoter dans le jus . Non. Mon véritable plaisir coupable demeure le champignon gonflé de bouillon qui éclate entre mes dents. Je suis un fanatique féroce de ces petites créatures fongiques et, bonheur suprême, je suis pratiquement le seul à en manger à la maison. Ma fille et ma conjointe les regardent comme si elles étaient atteintes d’une mycose des ongles particulièrement agressive, alors que mon fils accepte d’en croquer quelques-uns, avec la prudence d’un gars qui fait confiance à son dentiste pour un traitement de canal.
Résultat : la barquette est pratiquement toute à moi. Et c’est exactement dans cet état d’esprit que j’ai plongé dans le deuxième album de Wharflurch, Mycodeath and Rebirth in the Outer Clusters. Un titre qui pourrait presque se traduire par mort fongique et renaissance dans les amas extérieurs. On est donc loin du petit champignon comestible innocent qui accompagne ton steak : ici, le règne mycologique est contaminé par un death metal caverneux, visqueux et parfois… étonnamment planant!
Ce duo américain, qui œuvre également au sein de Hot Graves, développe un death metal saligaud, opaque et profondément souterrain, mais suffisamment aéré pour laisser entrer quelques rayons de lumière cosmique. L’approche rappelle par moments Blood Incantation, notamment dans cette capacité à faire cohabiter la lourdeur abyssale et des passages presque célestes.
Au chant, Garrett Alvarado de Maul vient ajouter une couche supplémentaire de noirceur, alors que Jamie Stewart, également membre de The Absence et Hot Graves, contribue à cette architecture sonore qui semble constamment osciller entre une caverne humide où poussent des trucs fongiques et les confins perdus de l’espace. Et lorsque les guitares ne suffisent plus à faire régner le chaos, quelques bizouillages électroniques viennent anéantir la masse sonore avec des sonorités qui évoquent étrangement les vieux jeux d’Atari 2600. Comme quoi, on peut très bien mourir dans l’espace tout en gardant un petit souvenir du jeu Centipede.
L’album s’ouvre avec une introduction qui semble sortir directement du générique de Stranger Things, avant de sombrer dans le death metal le plus perfide sur Death Toll Horror. Forgotten Temple devient ensuite plus céleste et vertigineuse, avec des envolées de guitares qui donnent l’impression de quitter momentanément la grotte avant de replonger dans ses entrailles.
Non Zero Expanse est plus carrée dans son exécution, jusqu’à ce pont lumineux qui ouvre littéralement les cieux avant que le morceau ne reprenne une cadence très Tomb Mold, pour qu’ensuite elle disparaisse dans une série de bruits qui semblent provenir d’un fusil intergalactique. Piew piew!

Headless God revient avec davantage de tonus, des guitares bien charnues, des voix abyssales et des percussions toupa toupa qui ramènent le tout directement dans la bouette. Dimensional Parasite se fait plus huileuse, avec ses lignes de guitare plutôt swompeuses, pendant que des signaux extraterrestres viennent parasiter l’ensemble.
Puis arrive la tuerie contrôlée, parfois franchement discordante, de Heaving Orbs, avant que Revelation ov the Sporelords ne pousse davantage l’expérimentation. Les transitions cosmiques sont nombreuses, mais le groupe ne perd jamais complètement son mordant, notamment grâce à cette portion centrale beaucoup plus acerbe.
Finalement, Mycodeath and Rebirth nous ramène vers quelque chose de beaucoup plus onirique. Le morceau plonge tranquillement, tel un champignon bien dodu dans un bol de fondue chinoise, vers une balade cosmique aux sonorités presque soporeuses. Une portion susurrée nous garde bien bollo dans notre buzz fongique… sans toutefois garantir que les champignons consommés soient tous parfaitement légaux.
Wharflurch est donc une découverte qui était presque passée sous mon radar, et je suis plutôt heureux d’avoir fouillé dans ma barquette de champignons mycosés pour y dénicher cette étrange chanterelle métallique. Mycodeath and Rebirth in the Outer Clusters réussit surtout à créer cet équilibre intéressant entre le death metal caverneux, les textures bidouilleuses cosmiques et quelques moments suffisamment planants pour éviter que la lourdeur ne devienne étouffante.
Un album qui se déguste finalement comme une bonne fondue chinoise un dimanche soir d’automne : chaud, copieux, légèrement étrange, rempli de champignons et particulièrement satisfaisant lorsque la température extérieure commence enfin à descendre.
Et contrairement à une vilaine mycose des ongles, celui-ci ne donne absolument pas envie de consulter un dermatologue. Il donne plutôt envie de remettre l’album au début de son périple!
Disponible le 25 septembre sur Personal Records.