En toute franchise, les derniers albums de Six Feet Under m’ont laissé totalement dans une zone de doute. Mais vraiment. Pratiquement toute leur discographie, pour être franc. Par contre, leur dernier qu’est Next to Die se veut le meilleur du groupe de l’époque avec Jack Owen, donc depuis 10 ans. J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le guitariste lors de l’arrêt de Six Feet Under, le 10 juillet dernier, alors que le groupe revenait en ville après une absence de plus de deux décennies. J’ai pris le temps de m’asseoir avec Jack Owen (second sur la photo), en arrière-scène du Théâtre Fairmount, pour jaser un brin avec ce sympathique monsieur qui aime bien placoter et surtout, rigoler! Entretien avec Jack Owen, guitariste de Six Feet Under et ancien membre de Deicide et Cannibal Corpse, et le tout commence avec lui, en mode rigolade!
Il y a du son? Allo? Test… un, deux… un, douze! Juste pour vous dire, je mets quelques petits panneaux ici et là. Je pense que des gens vont venir manger dans la salle où nous nous trouvons, mais j’ai l’habitude de ce type d’endroit.
J’y ai fait une entrevue avec Rivers of Nihil l’an dernier, il n’y avait pas tant de va-et-vient, donc ça devrait aller. Tu sais, je suis un Québécois, un Canadien français, alors j’ai besoin de mes notes et mon calepin! Donc, ma première question! De ton point de vue, qu’est-ce qui distingue ce nouvel album qu’est Next to Die de Nightmares of the Decomposed et de Killing for Revenge?
Je pense que ça représente surtout l’évolution de ma façon d’écrire, la confiance que j’ai réussi à développer avec le groupe et de la manière dont je peux maintenant enregistrer mes démos à la maison. Pour Nightmares of the Decomposed, je n’avais même pas de logiciel de batterie. J’utilisais simplement des boucles et des pistes de batterie trouvées sur YouTube. Pour Killing for Revenge, j’avais enfin un véritable programme de batterie. J’avais aussi accumulé énormément de riffs dans mes archives, ce qui m’a permis de faire exactement ce que je voulais. Le nouvel album, Next to Die, est un peu la continuité de Killing for Revenge, mais je voulais aussi ouvrir une nouvelle porte. Je suis retourné écouter les deux premiers albums de Six Feet Under, que j’adore, et je me suis remis à écrire des riffs davantage axés sur le groove, comme à cette époque. Finalement, tout ça est naturellement redevenu du death metal.
Tu viens justement d’utiliser le bon mot : la confiance. J’ai l’impression que c’est l’album le plus abouti auquel tu as participé avec Six Feet Under. Est-ce que cette confiance a changé ta façon d’aborder l’écriture?
Oui, un peu. J’écrivais une chanson, puis je la mettais de côté avant de passer immédiatement à la suivante. Une fois tout l’album terminé, je prenais l’ensemble, on enregistrait les pistes, on mixait, on masterisait… puis je cessais d’y penser. Je le laissais vivre sa vie. Il n’y avait pas vraiment de pression. Évidemment, je suis très concentré lorsque j’écris, mais une fois que c’est terminé, je veux que l’album devienne sa propre bête. Tu le lances dans la nature, tu regardes ce qu’il devient et tu espères simplement avoir fait le meilleur travail possible.
Quand tu composes à la maison, est-ce que tu as des enfants qui courent partout en te disant : « Hé! Lâche donc ta guitare un peu et viens jouer avec nous!»?
Non, pas d’enfants. Par contre, on a énormément de chats. On fait du sauvetage de chats, nous avons un refuge pour les chats abandonnés.
Comme Donald Tardy d’Obituary!
Hahhah! Oui, exactement. Mais ce n’est pas aussi exigeant que des enfants! J’ai simplement un espace aménagé dans mon sous-sol où je peux écrire et enregistrer tranquillement. L’inspiration peut venir de n’importe où, autant pour les riffs que pour les paroles. Avant, c’était surtout les films d’horreur et le gore. Aujourd’hui, il suffit d’allumer la télévision : il y a trois ou quatre chaînes consacrées aux documentaires criminels et aux histoires sanglantes. Je regarde ça, une phrase ou une citation attire mon attention, et ça déclenche immédiatement une nouvelle idée de chanson.
Tu regardes plutôt Fox News ou CNN? Ou tes nouvelles viennent d’ailleurs?
Hahhahha! Probablement YouTube… la source d’information la plus « fiable »! Hahahha! Oui… tu finis toujours par trouver la version de la réalité que tu as envie d’entendre.
Tu as passé une partie importante de ta carrière avec Chris Barnes au sein de Cannibal Corpse avant de le retrouver des années plus tard dans Six Feet Under. Qu’est-ce qui t’a convaincu que c’était le bon moment pour retravailler avec Chris?
On est restés en contact au fil des années. Quand j’ai quitté Deicide, j’ai remarqué que Six Feet Under n’avait plus qu’un seul guitariste. Alors je me suis tout simplement imposé! Hahahhah! Chris a tout de suite répondu : « Hell yeah! Ce serait génial! » Franchement, la décision s’est prise toute seule.
Une évidence, donc. Il y a deux semaines, tu disais qu’écrire pour Deicide avait été difficile parce qu’il y avait déjà énormément d’influence face à Slayer dans les compositions. Peux-tu nous en parler?
Je voulais écrire des morceaux dans l’esprit du premier album ou de Legion, mais ça n’a jamais vraiment abouti. J’ai traversé une petite période de blocage créatif. Il était difficile de trouver ma place, parce que Steve Asheim, le batteur, compose énormément de musique et Glenn Benton écrit absolument toutes les paroles. Il fallait réussir à se faire une place au milieu de tout ça.
Steve est un peu comme Charlie Benante avec Anthrax. Même s’il est batteur, c’est aussi un excellent guitariste.
Oui, il est vraiment très bon. C’est lui qui a enregistré toutes les guitares sur Till Death Do Us Part.
Je croyais pourtant qu’à l’époque c’étaient les frères Hoffman qui s’en occupaient.
Je ne sais pas exactement à quel moment ils ont cessé de composer, mais après le premier album, Steve a progressivement pris les commandes. Et honnêtement, ça a très bien fonctionné parce que Legion est un album exceptionnel.
C’est un fichu de bon album! Beaucoup de fans trouvent que ton style de guitare est immédiatement reconnaissable. Est-ce que tu fais consciemment attention à préserver cette signature ou est-ce que les riffs sortent naturellement?
Je pense que ça vient tout seul. Par exemple, plusieurs riffs de Killing for Revenge sonnent exactement comme ce que j’aurais pu écrire pour Cannibal Corpse, à l’époque. Je n’y réfléchis pas vraiment. Et puis j’utilise encore du matériel tellement vieux que ça aide peut-être! Hahahhah!
Tu utilises encore ton équipement old school des années 90?
Oui, comme les pédales Line 6 qu’ils fabriquaient vers 2005 ou quelque chose comme ça. Je les utilise jusqu’à ce qu’elles brisent. Les gens montent pour des stage dives, ils pilent dessus! De plus, je les abîme à force d’appuyer sur les boutons, puis j’en trouve une autre sur eBay ou dans un pawn shop. Je les adore!
Le coffret DVD Centuries of Torment de Cannibal Corpse est, selon moi, un modèle de présentation parfaite dans les documentaires au sujet d’un groupe. Je crois que c’est dans ce DVD qu’on te voit jouer de la guitare acoustique et dire: « J’aime vraiment le blues et le country. » Peux-tu nous parler de tes influences venant de Johnny Cash et de la vieille école country?
C’est assez particulier. J’en parlais justement à quelqu’un récemment. Mon père a fait la guerre de Corée, et il avait une guitare. Il avait appris toutes les chansons de Hank Williams Sr. Il adorait Hank Williams Sr. et il jouait souvent cette musique pour moi quand j’étais jeune. Il y a longtemps, j’ai rencontré Hank Williams III, et il était fan de mon travail! C’était complètement fou. Je lui ai dit : «Mon père adore ton grand-père… et moi, j’adore ce que tu fais! » C’était une situation vraiment étrange. Quand je me promenais en voiture avec mon père, il écoutait toujours la radio country AM avec des artistes comme Waylon Jennings, Buck Owens, Merle Haggard, et tout ça! En même temps, mon frère était un énorme fan de Kiss et de metal. Il avait les vinyles, les cassettes, même des 8-tracks. Son disque de prédilection était Kiss Alive!. Moi, je ne savais même pas à quoi ils ressemblaient. J’écoutais simplement l’album et je me disais : « Wow, c’est vraiment lourd! »
C’était en 1975 ou 1976?
Oui, autour de 1976. Leur premier album était sorti en 1974, puis Alive! en 1975. Mais ils ont eu une énorme influence. Je pense que l’évolution est semblable pour tous les amateurs de metal. Ça commence souvent avec Kiss, Iron Maiden, Motörhead… puis Venom arrive et tout change. Tu prends une claque, monumentale!
À l’époque de la sortie du premier album de Cannibal Corpse, je lisais des critiques qui disaient des choses comme : « C’est comme boire une bouteille de vodka, fumer un paquet de cigarettes et se cogner la tête contre une porte. » Les gens se demandaient vraiment : « Mais c’est quoi ce truc, batinse? »
Oui, c’était complètement fou. Mes influences venaient surtout des films d’horreur, des films les plus extrêmes que je pouvais trouver, combinés avec la musique la plus lourde possible. Quand on a formé le groupe, on a simplement mélangé tout ça : la musique, les pochettes, les paroles, les titres d’albums… Tout venait du même univers. On avait tous, plus ou moins, les mêmes influences.
Penses-tu que le climat de Buffalo a joué un rôle dans la création de cette musique?
Je pense que oui. Le côté sombre, la grisaille, les longs hivers… Quand on a écrit The Bleeding, on était dans une vieille maison supposément hantée pendant tout l’hiver. On avait un petit chauffage seulement, et on écrivait toute la journée. On disait : « N’ouvre pas la porte, sinon toute la pièce va geler! »
On connaît un peu ça à Montréal aussi. C’est peut-être pour ça qu’on a eu des groupes comme Cryptopsy, Gorguts, Obliveon et plusieurs autres. Tu as joué aux Foufounes Électriques à l’époque. Si tu compares ça avec aujourd’hui, par exemple jouer au Théâtre Fairmount avec Six Feet Under, est-ce différent?
Oui, c’est différent. Mais j’aimais vraiment le côté sale et brut des Foufounes, du Club Soda et de ces endroits-là. Je suis même passé devant récemment à vélo et je me suis dit : « Wow, c’est encore là! » Les Foufounes, c’était une époque spéciale. Je me souviens notamment d’un spectacle en 1992 avec Gorguts. C’était vraiment les débuts.
Ils ont beaucoup changé l’intérieur depuis. Ils ont même conservé plusieurs affiches classiques sur les murs. Il y a encore celle du spectacle Cannibal Corpse avec Immolation. À l’époque, ça coûtait environ 12 dollars pour entrer. Tu gardes de bons souvenirs de cette période?
Absolument. C’était très industriel. Tout était noir, avec des rampes de métal. Tu pouvais monter à l’étage et observer la scène d’en haut.
Ils avaient même des douches dans la loge des artistes, mais quand tous les groupes prenaient leur douche, l’eau finissait par couler partout.
Après une seule douche, il n’y avait plus d’eau chaude! Mais c’était ça l’époque. On ne faisait même pas vraiment une tournée organisée. On montait simplement par nous-mêmes. Quelqu’un nous appelait pour jouer à Stony Brook, New York, et on répondait : « OK, allons-y! » C’était vraiment comme ça à l’époque.

Tu es considéré comme l’un des musiciens qui ont posé les bases du death metal. Après plus de trois décennies à jouer de la guitare, quelle partie de cet héritage te rend le plus fier?
Probablement le fait d’avoir réussi à percer avec Tomb of the Mutilated et The Bleeding. Ensuite, Vile qui nous a permis d’entrer dans les palmarès Billboard. Puis il y a eu l’histoire avec le film Ace Ventura et notre participation à la fête d’anniversaire du fils de Cher à Hollywood. Je pense que ces moments-là ont été complètement fous. On était en train de franchir un cap. On se demandait : « Est-ce que ça va devenir trop gros? » Finalement… je ne pense pas que ça l’ait été.
Est-ce que ça te semble parfois irréel de voir une nouvelle génération arriver aux spectacles, comme moi aujourd’hui, avec mon fils?
On adore voir les jeunes venir aux concerts. L’autre soir justement, il y avait un père comme toi, avec sa fille. Elle devait avoir 13 ou 14 ans, et ils étaient directement devant la scène. Il la protégeait pendant qu’elle capotait complètement… mais pas trop non plus! Je me suis assuré de lui donner un pick. C’est vraiment cool de voir des gens de tous les âges s’intéresser à notre musique. Parfois, certains spectacles donnent l’impression que tout le monde est vieux! Ce sont presque des grands-parents qui viennent maintenant… avec leurs petits-enfants.
J’ai 51 ans, mon fils a 16 ans et ma fille en a 18. Je les ai amenés aux spectacles quand ils avaient environ 4 ou 5 ans. Ça n’a jamais été un problème.
Parce que tu étais là pour les protéger.
Oui… même si parfois on oublie qu’ils sont là!
Et ton fils, il devait être du genre : « Encore plus fort! On avance plus près de la scène!»
Exactement! Ah, être jeune… Beaucoup de fans considèrent Hammer Smashed Face comme l’une des chansons les plus brutales, voire la meilleure chanson de death metal jamais écrite. Lorsque vous l’avez composée, aviez-vous conscience qu’elle allait devenir un morceau aussi légendaire?
Non, pas vraiment. Je pense qu’on avait le titre avant même d’avoir écrit la chanson. L’idée était simplement : « un marteau qui écrase un visage ». Ensuite, tout le monde écrivait à cette époque. Les gens me demandent souvent : « Qu’est-ce que tu as écrit sur cette chanson? » Et je réponds : « Honnêtement, je ne sais pas vraiment! » Chacun arrivait avec un riff, quelqu’un ajoutait un autre riff, puis un autre… C’était comme ça qu’on travaillait à l’époque.
Aujourd’hui, avec Chris dans Six Feet Under, est-ce que tu te sens encore capable de continuer à donner des spectacles, enregistrer des albums, pour encore 5 ou 10 ans?
Oui. On travaille déjà sur un nouvel album. Je ne suis même pas certain qu’on ait encore un contrat d’enregistrement avec Metal Blade. On pourrait simplement écrire un album, leur apporter et dire : « OK, c’est enregistré et on le sort. Vous êtes prêts? » On continue d’avancer parce qu’on a une équipe solide. On travaille avec un excellent agent de booking ici, et en Europe on a une compagnie de tournée complète avec laquelle on collabore. Évidemment, ça rend les choses beaucoup plus faciles.
Habituellement, Six Feet Under sort un ou deux albums, puis un album de reprises. Est-ce que vous pensez en faire un autre?
On en a parlé, mais je pense qu’on avait tellement de matériel original que ce n’était pas nécessaire. Certaines personnes aiment les albums de reprises, mais la majorité des fans ne les apprécient pas vraiment.
Celui avec la reprise d’AC/DC? C’était correct…
Oui, c’était cool. Back in Black. Mais il faut vraiment bien le faire. Il faut retrouver le son original. Quand on a fait Hair of the Dog de Nazareth sur l’album précédent, j’ai utilisé une guitare avec une sonorité très vintage et on a même trouvé une cloche à vache pour reproduire le feeling. J’aime faire les reprises le plus fidèlement possible.
Dernière question, Jack, car je sais que tu fais des rencontres VIP, et je ne veux pas retarder votre processus! Tu as joué de la musique pour trois des chanteurs les plus reconnaissables du death metal : Chris Barnes, George «Corpsegrinder » Fisher et bien sûr Glenn Benton. En tant que compositeur, est-ce que tu écris naturellement et différemment selon le chanteur qui va interpréter les chansons, ou tu écris simplement ta musique?
Je pense que oui, ça change. Avec Corpsegrinder, une fois qu’on l’a eu dans le groupe, c’était complètement différent de Chris. Chris est très guttural, très old school, assez direct, mais pas simpliste pour autant. George, lui, chantait à un million de kilomètres à l’heure! Alors notre musique a évolué dans cette direction. On s’est dit : « Écrivons les trucs les plus fous possibles »,parce qu’on savait qu’il pouvait absolument tout chanter. Avec Glenn Benton, c’était différent. C’était plutôt : « Écris la musique, et il va ensuite poser ses lignes vocales dessus. » Je n’avais aucun schéma vocal en tête. Et finalement, ça a très bien fonctionné.
Comme tu es un amateur de country, penses-tu que tu pourrais écrire de la musique pour quelqu’un comme Jelly Roll?
Je pense que oui. C’est qui l’autre gars, déjà?
Le gars qui aime le metal, avec les tatouages dans le visage?
Ah oui, Post Malone. Oui, je pense que je pourrais faire quelque chose. Shooter Jennings est toujours intéressant aussi. Il suit un peu la tradition de Waylon Jennings. Hank Williams III a un peu disparu. Il fait maintenant des albums de doom metal de son côté, sur son propre site. Moi aussi, je passe parfois du metal au country. J’ai fait un album country et j’ai mis plusieurs chansons sur ma chaîne YouTube.
Tu pourrais peut-être reprendre du Johnny Paycheck, comme She’s All I Got. J’adore cette chanson. Ça pourrait être excellent.
Oui, surtout celle-là.
Ou Take This Job and Shove It.
Exactement. Mais She’s All I Got, c’est une chanson incroyable.
Jack, merci beaucoup.
Merci à toi!
L’album Next to Die de Six Feet Under est disponible sur Metal Blade Records.
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