Si tu suis l’actualité métallique d’un minimum près, le nom Left to Die ne devrait pas t’être étranger. Le groupe rassemble deux vétérans de l’époque Leprosy de Death, le bassiste Terry Butler (également chez Obituary) et le guitariste Rick Rozz, épaulés par Matt Harvey d’Exhumed et le toujours redoutable Gus Rios à la batterie. L’esthétique de Death de l’époque est respecté, les gars ont les chops pour livrer la marchandise, ayant plusieurs concerts, un peu partout sur terre, sous la ceinture. En cette période suffocante sur la planète, quoi de mieux que d’écouter du metal de la mort, non?

À l’origine, Left to Die se voulait un hommage aux premières années de Death, bien avant Leprosy, en remontant même jusqu’à Mantas, l’ancêtre direct de Death. Après avoir écumé les scènes, les musiciens ont décidé de donner une seconde vie à des compositions qui n’existaient jusqu’ici qu’au fond de vieux démos poussiéreux ou sur des rehearsal tapes enregistrées avec la qualité sonore d’un toaster possédé par le Grand Malin.

Si tu t’y perds un peu, c’est normal. Pendant que Gruesome compose de nouvelles chansons dans l’esprit de Death, Left to Die ressuscite les véritables fossiles du catalogue Schuldiner. Les deux groupes sont signés chez Relapse, Exhumed est aussi dans la famille… bref, ça recycle beaucoup de cadavres dans cette écurie plutôt morbide.

Initium Mortis, qui se traduit aisément par « le commencement de la mort », est donc le premier album de Left to Die. Dès les premières secondes, impossible de se tromper : on nage dans le death metal primitif, celui qui sent le caveau humide, les espadrilles 301 tachées de sang séché et les pratiques dans un sous-sol mal ventilé et crissement humide.

Je l’avoue, au départ je me suis demandé si un tel disque était vraiment nécessaire. Est-ce qu’on avait réellement besoin de réenregistrer ces morceaux? Après tout, les démos originaux existent déjà… mais ils sonnent souvent comme s’ils avaient été enregistrés dans un gobelet de Tim Hortons en carton, abandonné au fond d’un trou, dans un cimetière.

Il m’a fallu quatre écoutes avant que le déclic se produise. Pop Clic Boom! En cessant de comparer constamment ces versions aux archives de Mantas et de Death, j’ai commencé à apprécier Initium Mortis pour ce qu’il est réellement : une lettre d’amour au death metal de Cro-Magnon, interprétée par des musiciens qui comprennent parfaitement l’ADN de Chuck Schuldiner sans chercher à le réinventer. Juste à le polir, un peu par ici, un brin par là.

La pochette donne immédiatement le ton. La mascotte de Scream Bloody Gore sort enfin de sa tombe après des décennies passées sous terre, son éternel gobelet toujours fermement agrippé à la main, voulant se remplir de sang.. frais! Même après autant d’années, certains morts-vivants savent reconnaître leurs priorités.

Du sang, suivi par de l’écrapou…

Legion of Doom ouvre les hostilités avec un riff graisseux qui dégouline de suif. Les guitares sont épaisses, le solo tranche avec précision, Terry Butler fait parler sa basse comme un rouleau compresseur qui refait la rue Sauvé pour une sixième fois en trois ans et Matt Harvey réussit (toujours) une imitation de Chuck Schuldiner étonnamment crédible.

Archangel accélère immédiatement la cadence avec un côté très Slayer qui ne laisse aucun répit, tandis que Power of Darkness représente parfaitement cette période charnière où Mantas était tranquillement en train de muter vers Death. Le double pédalier des bass drums cogne fort, le refrain s’accroche rapidement et les guitares dégagent déjà cette acidité caractéristique des débuts.

L’instrumentale Zombie agit comme un interlude sans casser l’élan pris depuis le début. Plus aérée que les vieilles versions, elle offre enfin à cette composition une production qui lui rend justice. Witch of Hell nous replonge directement dans les années Show No Mercy de Slayer et Seven Churches de Possessed, alors que Rise of Satan pousse le vice encore plus loin avec une agressivité venimeuse qui sent franchement le soufre mortifère.

Summoned to Die est pratiquement portée par la basse monstrueuse de Terry Butler, tandis que Mantas rappelle pourquoi cette composition est devenue mythique auprès des premiers disciples de Chuck Schuldiner.

Slaughterhouse et Death by Metal referment cette demi-heure de sauvagerie avec toute la brutalité qu’elles méritent. Rien n’est poli, rien n’est modernisé à outrance : c’est cru, sale, respectueux de l’esprit original et surtout, terriblement efficace.

Au final, Initium Mortis m’a surpris. Derrière un concept qui pouvait sembler superflu se cache un disque qui permet enfin à ces compositions embryonnaires de respirer avec une production digne de ce nom, sans leur enlever leur parfum de cave humide, qui sent le vieux magazine et le chien mouillé. Moins d’analyse, plus de riffs, davantage de sauce dans le ragoût et un autre remplissage de gobelet avant que le zombie de la pochette ne vienne réclamer sa tournée de sang.

Disponible le 17 juillet sur Relapse Records.

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Photo: George Chalupa