Dans une entrevue accordée à Decibel, les membres de Khemmis expliquaient qu’ils avaient décidé d’écrire un album ne contenant que des « bangers » : des chansons qui frappent, qui secouent et qui donnent envie de lever le poing, ou la chope de bière en bois d’épinette, pour cette circonstance métalloïde. Mission accomplie! Cet album homonyme est une succession de moments épiques, de refrains fédérateurs et de passages conçus pour être hurlés à pleins poumons, idéalement dans une salle chaleureuse comme le Piranha, entouré de compagnons d’armes aussi enthousiastes que légèrement éméchés aux shots de Jagger ou au sifflage de pintes de Belle Mer.

Fidèle au groupe depuis ses débuts, je conserve néanmoins assez de lucidité pour demeurer objectif. Cela dit, difficile de contredire les musiciens : Khemmis ne propose ici que du matériel solide, du heavy metal classique forgé dans l’acier incandescent du doom, relevé d’une touche de death metal grâce aux interventions vocales rugissantes du guitariste Ben Hutcherson.

Comme ses prédécesseurs, cet album conceptuel poursuit l’épopée chevaleresque qui constitue l’existence du groupe. Les voix claires incarnent les héros, tandis que les interventions plus abrasives donnent vie aux esprits, aux sages mystérieux et aux créatures peu recommandables qui croisent la route du protagoniste.

Invocation of the Dreamer ouvre le bal avec une luminosité trompeuse avant de s’enfoncer dans des lignes mélodiques plus sinueuses. Phil Pendergast entre alors en scène dans le rôle du champion, jusqu’à ce qu’une basse imposante vienne relancer la charge et remettre la monture au galop.

Ensuite, Corpsebloom Garden poursuit l’offensive avec un mixage remarquable où chaque instrument trouve sa place. La basse occupe un rôle de premier plan et enrichit considérablement l’expérience. Les harmonies vocales entre Pendergast et Hutcherson apportent une profondeur supplémentaire, tandis que Zach Coleman martèle ses tambours avec la précision d’un bélier de siège.

Grief’s Reverie confirme rapidement que Khemmis tient ici un de ses albums les plus efficaces. D’abord contemplative et portée par les lignes vocales soyeuses de Pendergast, la pièce bascule progressivement vers quelque chose de plus sombre. Lorsque la voix grondante surgit en milieu de parcours, on comprend que les forces obscures n’ont pas dit leur dernier mot.

Le morceau qu’est Beneath the Scythe remet l’aspect triomphal à l’avant-plan grâce à une rythmique conquérante et un refrain impossible à ignorer. Même en studio, on imagine les guitares brandies vers le ciel. Plus rapide, Gilded Chambers avance avec assurance, portée par des percussions dominatrices qui accompagnent parfaitement la progression du chevalier errant vers son prochain affrontement.

Tomb of Roses débute avec une guitare acoustique pleine de finesse. Rien à voir avec Bed of Roses de Bon Jovi… Après quelques instants de répit, Khemmis reprend les armes et replonge dans un univers plus rocailleux où les mélodies côtoient des passages plus mordants. Carrion King remet quant à elle quatre fers métalliques flambant neufs à la monture avant la grande conclusion.

Finalement, Benediction Tones termine l’album avec toute la grandeur attendue. Le ton est glorieux, mais traversé par une douleur persistante. L’alternance entre les voix claires et les interventions plus courroucées évoque un guerrier victorieux qui se relève difficilement après un combat sans merci. La bataille est gagnée, mais l’aventure est loin d’être terminée. Oh que non!

Avec cet album homonyme, Khemmis poursuit son ascension parmi les grands porteurs de flambeau du metal moderne. Mélodique sans perdre sa hargne, épique sans sombrer dans la caricature, le groupe livre une œuvre qui frappe avec la régularité d’une masse d’armes bien équilibrée. Et comme tout bon chevalier errant, il poursuit sa route sans accorder la moindre pitié à ses adversaires.

À l’heure où tant de formations cherchent encore leur royaume, Khemmis siège déjà sur son trône, forgeant des hymnes de metal comme un chevalier forgerait son épée avant la prochaine bataille!

Disponible le 12 juin sur Nuclear Blast Records.

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Photo : Brock Malborough