Si les membres de Blood Incantation n’avaient pas choisi la musique, il est fort probable qu’on les retrouverait aujourd’hui à bord de la mission Artemis II, occupés à analyser des anomalies gravitationnelles entre deux passages de synthétiseurs analogiques. Depuis ses débuts, la formation de Denver semble davantage composée d’astronautes passionnés de death metal que de simples musiciens. Et c’est précisément ce qui rend Blood Incantation aussi fascinant.
Le groupe évolue constamment entre deux galaxies musicales qui, à première vue, semblent incompatibles. D’un côté, un death metal old school dense, caverneux et technique. De l’autre, de longues explorations ambiantes inspirées du kosmische (ou krautrock pour certains) allemand et des grands architectes de la musique électronique. Deux pôles opposés qui, pourtant, gravitent autour du même soleil créatif.
Cette dualité a atteint son paroxysme avec Timewave Zero, album entièrement consacré aux atmosphères cosmiques. Plusieurs adeptes ont alors quitté la capsule en cours de route, déstabilisés par l’absence totale de metal. Pour ma part, cet album demeure l’un de mes compagnons d’écoute favoris. Que ce soit pour accompagner une séance de lecture ou mes désormais traditionnelles siestes de vétéran assez expérimenté pour surveiller avec intérêt les rabais de la FADOQ chez Jean Coutu, Timewave Zero trouve toujours sa place dans mon quotidien.
Lorsque Blood Incantation fusionne ses deux univers dans le même accélérateur de particules, cela produit un album comme Absolute Elsewhere, véritable point de rencontre entre violence tellurique et contemplation cosmique. Fidèle à ses habitudes, le groupe a ensuite choisi de documenter sa création à travers un film accompagné d’une bande sonore distincte : All Gates Open. Constituée de quatre longues compositions, cette œuvre délaisse largement le death metal pour poursuivre l’exploration ambiante amorcée depuis quelques années.
L’ouverture, Balance, s’étire sur une vingtaine de minutes et agit comme un lent déplacement orbital autour d’un astre inconnu. Minimaliste et linéaire, la pièce scintille doucement, portée par des nappes électroniques qui évoquent autant une station spatiale abandonnée qu’une séance de massage au Finlandais, à Rosemère. C’est le genre de morceau qu’on pourrait faire jouer en boucle dans un spa interstellaire sans que personne ne s’en plaigne.

Flight élargit ensuite l’horizon. Plus lumineux et aérien, ce second mouvement évoque le moment où une navette quitte enfin l’attraction gravitationnelle d’une planète. Les textures demeurent enveloppantes, mais l’ajout progressif de percussions dans le dernier tiers apporte un mouvement subtil qui brise la léthargie ambiante sans jamais compromettre l’état contemplatif de l’ensemble. J’avais quasiment le goût de jogger… mais sur place, en slow motion, pour créer un effet d’apesanteur!
Avec Dawn, Blood Incantation réduit la durée, mais augmente l’intensité émotionnelle. En moins de six minutes, le groupe peint une véritable aurore sonore. Quelques tintements plus marqués émergent du brouillard électronique tandis qu’un orgue discret confère au morceau une dimension quasi liturgique. On a l’impression d’assister au lever d’une étoile derrière l’horizon d’une planète inconnue.
Enfin, Rain clôture l’expérience avec une chaleur inattendue. Malgré son titre, la pièce évoque moins une averse qu’un paysage encore humide après le passage de la pluie, lorsque les rayons du soleil se reflètent sur les flaques d’eau. Les textures vibrent doucement et créent une sensation réconfortante sur mon chaste visage barbu, ce qui conclut l’album avec beaucoup d’élégance.
Comme vous l’aurez compris, cette facette de Blood Incantation continue de me séduire autant que son death metal cosmique. All Gates Open s’ajoute naturellement à cette collection d’albums que je réserve aux moments de lecture, de réflexion ou aux fameux roupillons du week-end. D’ailleurs, le nouveau livre de François Kearney m’attend déjà sur la table de chevet. Il ne manque plus qu’une couverture, un café et une fenêtre ouverte sur l’univers!
Disponible le 5 juin sur Century Media Records.
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Photo: Century Media