Semaine après semaine, je reçois un bon nombre de copies promotionnelles de la part des différents labels métalliques. Depuis le temps que je tapouille sur les claviers (j’en suis probablement à mon 5e ordinateur en 20 ans) métalliques, j’ai accumulé de nombreux contacts. Au début des années 2000, lorsque j’écrivais pour le défunt BangBang, je ne faisais pas que m’occuper des sorties métalloïdes. Je faisais ce que je devais faire, on m’offrait de couvrir tel album et je pouvais piger dans des piles de disques pour pouvoir avoir le loisir d’écrire. J’ai même fait une critique de l’album de Mado Lamothe et d’Annick Jean. On est loin de NecroticGoreBeast, mettons.  

Je reçois encore quelques nouveautés qui proviennent de labels aucunement métallurgiques. Auparavant, tout était en format physique mais l’avancement technologique, en fusion avec une diminution des coûts, fait que le transfert de copies promotionnelles se fait par courriel. Autrement dit, je ne reçois pas que du metal par courriel, contrairement à la croyance populaire.

À un moment donné, certains labels risquent d’allumer en se rendant bien compte que je ne couvre pas leurs artistes. À ce moment précis, ils n’auront qu’à couper le canal d’approvisionnement. Une vasectomie de copies promotionnelles…

La semaine dernière, j’ai reçu le nouvel album d’Henry Kane. En lisant l’entête du courriel, je pensais à un chanteur pop comme Harry Styles ou Bruno Mars, un artiste qui devait provenir de l’écurie d’une grosse compagnie de disque. En voyant que le courriel provenait de Earsplit, une agence qui représente de nombreuses formations métalliques, je me suis dit que cela devait être du metal, à moins qu’Earsplit ait décidé d’étendre leur offre en représentant des artistes plus accessibles.

Ce nom qu’est Henry Kane me disait vaguement quelque chose. En visitant la page encyclopédique métallique d’Henry Kane, j’ai bien vu que ce groupe n’était pas le nom du « gars ». Comme la formation Abigail Williams et non pas comme Kerry King en solo, vous voyez?

Effectivement, Henry Kane est le projet en solo de Jonny Pettersson de Berzerker Legion, Wombbath et plus récemment, Massacre. Avec ce projet, il fait tout. Sauf la pochette car c’est Fredrik Ringström qui en est le responsable. Mais un truc me chicotait encore. Pourquoi l’utilisation d’Henry Kane comme nom de groupe, pour un projet en solo? Pourquoi ne pas appeler le tout Jonny Petterssen?

Ce nom me disait quelque chose, vraiment. Je me suis mis à penser à Sonic Youth avec la pièce Sugar Kane ou Urge Overkill avec la chanson Erika Kane, mais non. En faisant une recherche Google, je suis tombé sur un footballeur et un écrivain quoique plus bas, dans la série de résultats de recherche, j’ai trouvé ce que je cherchais!

Henry Kane est donc le révérend qui vient cogner à la porte dans Poltergeist II. Figure emblématique du metal, car de nombreuses personnes identifient ce personnage qu’est Henry Kane à l’homme qui se retrouve au centre de la couverture d’Among the Living d’Anthrax. Malgré la ressemblance avec le Henry Kane du film, l’homme sur Among the Living serait plutôt Randall Flag, le méchant qui se retrouve dans de nombreux livres de Stephen King.

Mais ça, c’est une autre histoire!

Maintenant que le mystère est percé, qu’en est-il de la livraison sonique et métallique offerte par Henry Kane? En toute franchise, j’ai bien apprécié car j’avais l’impression d’écouter une liste de lecture de metal extrême mais qui mettrait l’emphase sur le death metal punké crusté, imbibé par le black metal avec quelques éclaboussures mélodieuses et atmosphériques. L’étiquette se veut vaste mais en écoutant l’album, c’est le constat qui me semble le plus juste.

Chants célestes en guise d’ouverture pour la chanson A Swarm of Idiots. Je suis un peu déstabilisé mais par la suite, des percussions un peu plus d-beat stabilisent le tout. Après les intonations bien grasses qui constituent le refrain, l’impulsion black métallique se fait entendre coupée par une basse, bien apaisante. Cet album qu’est Circle of Pain risque d’être une promenade surprenante si je me fie uniquement aux trois premières minutes de cette production.  

Ensuite, Fear is Rising propose ce qui semble être de grosses intonations de cors français et des voix célestes, ce qui offre une pesanteur excessive à cette chanson, me remettant Septicflesh en oreilles. La chanson Numb n’a rien à voir avec Linkin Park, aucunement. Présentation plus épique avec guitare impériale et une série de sonorités qui laissent sous-entendre la gloire qui est à portée de l’épée, j’avais l’impression d’entendre un Behemoth d’il y a vingt ans.

La pièce titre jongle avec une approche plus punk, surtout avec la basse en ouverture mais l’élan métallique est tout de même perceptible sur certaines transitions. Dans la même veine punkée, Wealth of Obscenity qui se veut plus pimpante comme pièce, quoiqu’Henry Kane nous replonge dans le death metal avec la suivante, Weird Fiction Founded avec une voix plus acidulée sur celle-ci, escortée par une piste de guitare black métallique, bien bourdonnante. La révérence de Kane se fera, chapeau bien bas, sur En önskan i mörkret qui offre un habile melting pot de tout ce qui a été offert depuis le debut quoique la voix de Pettersson se veuille plus éraillée sur ce bouquet de fleurs… fanées!

Cette découverte d’Henry Kane me confirme qu’il est toujours bien de vérifier ce qui est inclus à l’intérieur d’un courriel.  Il est certain qu’en utilisant une appellation aussi banale qu’un nom de monsieur, les chances demeurent minces pour que j’ouvre le courriel mais je vais me faire un devoir, maintenant et prendre la responsabilité face aux courriels reçus. Sur ce, je vais aller voir si c’est intéressant ce groupe qu’est LOYER IMPAYÉ….        

Disponible le 17 mai sur Selfmadegod Records.  

www.facebook.com/HenryKaneGrind/